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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/211

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LA TRANSFORMATION DE LA CHINE.

la Chine. Dans toutes les villes tant soit peu importantes étaient installés des magasins de vente où l’on débitait la funeste drogue, et des fumeries publiques. La culture du pavot allait sans cesse se développant et se substituait, notamment au Sé-tchuen, au Yunnam et dans le bas Yangtse, à celle du riz, du coton et des céréales. Le gouvernement en retirait d’abondans revenus, douze à quinze millions environ ; mais le malheureux fumeur, livré à ce vice, perdait, après les premiers temps d’excitation et un éphémère bien-être, toute énergie, toute activité, et succombait, souvent après de grandes tortures physiques, dans la démence ou la cachexie. Les Cantonais, auxquels l’usage du poison avait été imposé par les Anglais en 1840, étaient mieux préparés que d’autres à comprendre la nécessité de sa suppression. Ils furent les promoteurs du mouvement, formèrent des sociétés de propagande pour l’abolition de l’opium, tinrent de nombreux meetings, émirent des vœux et déterminèrent un tel entraînement que le vice-roi des deux Kouangs, Tsen-Tchoen-Hien, sous la pression de la poussée populaire, devait, au mois de juin 1905, interdire l’opium aux fonctionnaires, aux officiers et aux soldats des deux provinces de son gouvernement. Le mouvement gagnant de proche en proche s’étendait ensuite progressivement du Sud au Nord, au Fokien et aux deux Kiangs. Le gouverneur du Kiangsou et le tao-taï de Changhaï faisaient la même défense, et, au mois de mars 1906, le vice-roi du Petchili prenait à son tour une mesure analogue.

Le gouvernement jugea alors le mouvement assez avancé pour intervenir : le 21 novembre de la même année, il lança un décret relatif à la réglementation et à la suppression progressive de l’opium. À la vérité, ce décret ne prohibe pas, comme on l’a dit, d’une manière absolue, l’usage du poison : il l’interdit seulement aux officiers et aux fonctionnaires, et en transforme le mode de vente aux autres habitans, en en réservant le monopole à l’Etat et en exigeant de tout fumeur une déclaration et le paiement d’une taxe. C’est seulement dans dix ans que la culture du pavot doit cesser dans tout l’Empire et que l’interdiction de l’usage de l’opium sera étendue à tous les habitans sans distinction. Ce décret reçut aussitôt son application. La fermeture des maisons de vente et des fumeries publiques eut lieu au mois d’août 1907 dans les deux Kouangs, le Fokien, le Hounan, les deux Kiangs, le Petchili et en beaucoup d’autres endroits. Un