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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/208

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REVUE DES DEUX MONDES.

Li-Hung-Chang, la concession de toutes les mines du Tsé-Tckuen avec le droit de construire des usines, des lignes télégraphiques et téléphoniques et des voies ferrées pour relier les mines aux routes commerciales : ce qui équivalait à établir en Chine un ministère des mines administré et subventionné par des Anglais et des Américains. Plus de 9 000 kilomètres furent alors concédés.

L’ouverture de la plupart de ces lignes en fit ressortir les avantages et eut pour résultat de dissiper tous les préjugés. L’attention des Chinois fut vite attirée par le succès et le rende ment merveilleux des premières lignes exploitées par les étrangers. Dès qu’une voie s’ouvrait, les trains étaient encombrés de voyageurs et de marchandises. Ils ne tardèrent pas à devenir partisans convaincus de ce dont ils ne voulaient quelques années auparavant à aucun prix. L’Empereur et l’Impératrice eux-mêmes n’hésitèrent pas, lors de leur rentrée à Pékin, à prendre le chemin de fer, et l’on peut citer comme exemple de l’évolution qui s’est produite dans l’esprit chinois le fait des Boxeurs, qui, devenus maîtres de la voie ferrée Pékin-Hankéou, se hâtèrent de l’utiliser sur 1 200 kilomètres pour leur propre service, à l’aide de quelques chauffeurs et mécaniciens indigènes. Après leur insurrection, un véritable engouement pour les chemins de fer s’empara du pays et l’action populaire devança l’action du gouvernement. Agissant par eux-mêmes, les Chinois commencèrent par devenir maîtres de l’exploitation en accaparant toutes les places de mécaniciens, de chauffeurs, d’employés et d’ouvriers de la voie, et en laissant seulement la direction à quelques rares Européens. Puis, ils eurent l’idée, en gens intéressés et toujours en quête de nouveaux revenus, de se réserver désormais le produit de cette source nouvelle de richesses, en rachetant les concessions faites aux étrangers, et en complétant par leurs propres ressources le réseau commun. Des sociétés de chemins de fer se fondèrent dans presque toutes les provinces. Banquiers notables, corporations commerciales qui détiennent la plus grande partie des capitaux disponibles de la Chine se mirent à leur tête. Déjà, en 1896, la ligne de Chan-Haï-Kouan à Inkéou avait été rachetée aux Anglais ; celle de Pékin à Hankéou le fut au syndicat franco-belge ; celle de Hankéou à Canton, en 1905, aux Américains. En 1908, un soulèvement eut lieu dans le Tché-kiang pour empêcher la continuation du chemin de fer que