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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/196

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REVUE DES DEUX MONDES.

torpilleurs japonais et contre les canons de Wéï-Haï-Wéi qui avaient été tournés contre lui.

De la guerre du Japon à l’insurrection des Boxeurs, trop peu de temps s’était écoulé pour que l’état des choses pût être sérieusement modifié. Les écoles militaires de Pao-Ting-fou, de Nankin et de Tien-tsin n’avaient pu fournir qu’un nombre d’officiers tout à fait infime par rapport à l’étendue des besoins ; et si des ordres étaient donnés à tous les vice-rois d’organiser des troupes à l’européenne, à peu près tous n’avaient pu, faute de temps et surtout d’argent, s’y conformer. Seuls, Yuan-She-Kaï, alors gouverneur du Chantoung, et Tchang-Tsé-Tong, vice-roi des deux Kiangs, à Nankin, avaient pu commencer, à l’aide d’officiers allemands, à dresser des soldats à l’européenne. Nommé ensuite vice-roi des deux Hous, Tcheng-Tsé-Tong, toujours aidé de missions, allemandes, avait organisé une autre division à Ou-chang. Ces troupes étaient remarquables ; elles auraient pu, sinon changer la face des choses, du moins obliger les alliés concentrés sous les murs de Pékin à un plus grand effort ; mais elles demeurèrent inactives, tenues sous la main de leurs chefs, mus peut-être par le secret désir de conserver à la Chine le noyau d’armée autour duquel viendraient se grouper les forces futures du pays. Le gros des forces alliées en effet n’était pas encore rembarqué que le gouvernement chinois entreprenait résolument de créer de toutes pièces une armée.

Dès 1901, un édit ordonnait la formation dans tout l’Empire de troupes de campagne, de réserve et de police. Une grande latitude fut d’abord laissée aux vice-rois. Mais bientôt on s’aperçut que, par suite de la règle qui limite à trois ans la durée du commandement d’un gouverneur dans la même province, les dispositions prises par lui pourraient n’acquérir leur plein effet, si son successeur était imbu d’autres idées. On sentit la nécessité d’une direction unique pour assurer la suite de vues et la continuité dans l’effort ; et, en 1903, une Commission de réorganisation militaire (Lien-Ping-tchou), véritable Conseil supérieur de la Guerre, fut instituée à Pékin et investie de l’autorité suprême en matière militaire, aussi bien sur le ministère de la Guerre que sur les vice-rois. Les efforts de ces derniers étaient réglés et coordonnés. En 1904, les règlemens de manœuvres japonais étaient adoptés ; ils étaient rendus officiels en 1905. Enfin, en 1906, l’armée nationale était unifiée et organisée