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alimenter une semblable irrigation. À cette occasion, l’imagination s’est donné une carrière sans frein. Ed. Hébert, qui fut professeur à la Faculté des Sciences de Paris, étudiant le bassin de la Seine, a été jusqu’à supposer que la France du Nord a éprouvé, d’une manière subite, un double mouvement de bascule dont la première partie a permis aux eaux salées de venir baigner le pied des Alpes et dont la seconde les a violemment rejetées dans la Manche. C’est pendant la deuxième période que les vallées ont été dessinées comme des témoignages de l’irrésistible violence de ce cataclysme. Personne à cette époque ne s’est trouvé pour remarquer que la bascule dont il s’agit aurait dû se faire sentir dans l’allure des autres bassins hydrographiques voisins qui, au contraire, se signalent par une remarquable indépendance réciproque.

L’examen impartial des faits, par lequel on aurait dû commencer et auquel on s’est résigné par la suite, a montré qu’au contraire, le creusement des vallées comparables à celle de la Seine s’est accompli par des causes agissant avec une très grande délicatesse, au point qu’à deux ou trois kilomètres seulement en aval de leur confluent, deux rivières comme la Seine et l’Yonne n’ont aucunement mélangé les débris rocheux de leurs vallées respectives.

L’origine des vallées important au plus haut point à la compréhension des rivières qu’elles contiennent et l’histoire des inondations n’étant qu’un détail de celle des rivières, il est indispensable de faire sur ce point une lumière décisive qui éclairera la suite de notre étude.

Il se trouve, grâce à des dispositions qu’on peut sans exagération qualifier de providentielles, — puisqu’elles contiennent pour nous un enseignement des plus précieux, — que, si dans la vallée de la Seine comme dans bien d’autres, il n’y a pas de raisons immédiates pour décider entre ces deux suppositions, d’autres pays, au contraire, offrent à l’observation des détails qui ne s’accommodent pas de la même liberté d’interprétation.

Nous avons, sur le sol même de la France, une belle région qui convient admirablement à notre démonstration et dont la structure paraîtrait avoir été agencée à seule fin de nous éclairer sur l’allure des phénomènes superficiels. Il s’agit de l’Auvergne, dont la surface, en même temps qu’elle comprend des vallées avec leurs rivières comparables à celles que nous étudierons