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l’accessoire, sçavoir au mauvais gouvernement tout notoire et meschante police de la ville de Paris, nous faut regarder au doigt de Dieu, qui est la cause principale, lequel en ce malheur nous a voulu proposer un exemple de sa justice, qui s’exécute tost ou tard sur les rebelles et réfractaires à ses saincts commandemens et à sa parole. »

En 1616, il y eut à la fois débâcle et inondation. L’ébranlement du pont au Change fut tel que la plupart de ses maisons s’écroulèrent. 1649 et 1651 virent aussi des crues considérables. Mais elles furent surpassées par celle de 1658. La moitié de la ville, les mêmes environs dont il fut tant parlé ces derniers temps furent envahis par les eaux. Le pont Marie fut en partie détruit avec vingt-deux de ses maisons. Deparcieux (Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1764) donne de la ville, d’après les récits des témoins, une description qui pourrait s’appliquer à peu près au Paris inondé de 1910.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on note encore les crues de 1665, 1671, 1677, 1684, 1690.

Avec le XVIIIe siècle nous arrivons à une époque où les crues furent observées avec plus de précision. En 1711 et 1726, il y en eut d’importantes qui donnèrent lieu à des mémoires de l’Académie des Sciences.

La grande crue de 1740 fut spécialement étudiée. Il faut en lire la description dans les Mémoires contemporains de l’Académie des Sciences, dans le Journal de Barbier, dans la relation de Bonamy (Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, années 1741-1743) en s’aidant du plan de Turgot. Dès que l’eau commença à croître dans des proportions inquiétantes, c’est-à-dire le 7 décembre 1740, le reliquaire de Sainte-Geneviève et celui de Saint-Marcel furent découverts par arrêt du Parlement. On alla en procession à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève, et l’archevêque, dans un mandement, prescrivit des prières publiques. Cependant le fléau sévissait encore en janvier 1741. « D’un côté, dit Barbier, la plaine de Grenelle et tout le canton des Invalides, le grand chemin de Chaillot, le Cours et les Champs-Elysées, tout est couvert d’eau. Elle vient même par la porte Saint-Honoré jusqu’à la place Vendôme. Le quai du Louvre, le quai des Orfèvres, le quai de la Ferraille, le quai des Augustins, la rue Fromentau jusqu’à la place du Palais-Royal, tout est en eau. Le côté de Bercy, de la Râpée, de l’Hôpital