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trouvaient exprimées dans la lettre écrite au Pape, dont on allait lui donner lecture : cette réponse le satisfit.

Alors Mme la duchesse de Dino fit lecture de la lettre par laquelle M. de Talleyrand adressait sa déclaration à Sa Sainteté. Vous connaissez également cette lettre par les journaux. La lecture en fut longue encore, très grave et aussi solennelle. M. de Talleyrand signa de même, sans aucune hésitation, et toujours de sa grande signature…

Mme la duchesse de Dino reprit des mains du prince les actes qu’il venait de signer. Il y manquait pourtant encore une dernière formalité que d’autres pouvaient remplir, mais pour laquelle il fallait son consentement : c’était la date de cette déclaration. « Prince, lui demanda-t-on, quelle date désirez-vous donner à cet acte ? » Le prince était alors remarquable par la gravité extraordinaire de sa physionomie : son air était solennel et imposant. Il répondit avec un accent de voix très marqué : « La semaine de mon discours à l’Académie. » Cette réponse fit sur toute l’assemblée une sorte d’effet électrique : tous furent saisis d’admiration à la vue de cette volonté, toujours ferme, nette et maîtresse d’elle-même, qui agissait avec ce calme et cette autorité, presque dans les bras de la mort, et qui, comme au temps de sa plus grande force, décidait, seule et avec une précision rigoureuse et réfléchie, jusqu’aux détails de la plus grande affaire qu’elle ait jamais eu à régler. « De quel jour est mon discours à l’Académie ? ajouta-t-il. — Du 3 mars, répondit-on. — Eh bien ! écrivez le 10, afin que ce soit de la même semaine. »

… Quels souvenirs que ces scènes successives et rapides de joies si vives et d’alarmes si amères ! Je me retirai à l’écart : et seul, à genoux, je rendis grâce à Dieu de ses miséricordes et lui demandai d’achever son ouvrage. Car la confession du prince, quoiqu’elle ne présentât plus d’obstacle, me préoccupait… Cette confession n’était pas d’ailleurs difficile à obtenir, après ce qui venait de se passer : il avait même signé les pièces importantes adressées au Souverain Pontife, et qui avaient fait sa paix avec l’Église, comme une condition indispensable de la paix qu’il voulait faire avec Dieu avant de mourir. Cette confession était encore moins difficile à faire après les entretiens intimes qui l’avaient préparée déjà et heureusement commencée les deux jours précédens. M. de Talleyrand s’en était sérieusement occupé plusieurs jours à l’avance…