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déclaration nouvelle où les graves erreurs de sa vie fussent plus formellement condamnées, et qui devînt une réparation aussi honorable pour lui que consolante pour l’Église…

Depuis que M. de Talleyrand avait envoyé son projet de déclaration à Mgr l’archevêque de Paris, il se passa environ dix jours jusqu’à celui où il ressentit les premières atteintes du mal qui le conduisit à la mort… Ce fut le samedi 12 mai qu’un frisson le prit avant son dîner, lequel fut suivi de vomissemens abondans et d’une fièvre violente…

La journée du dimanche fut assez bonne ; quoique la fièvre continuât, le malade ne voulut pas rester dans son lit, passa tout le jour dans sa chambre et dans son salon, et vit constamment du monde.

Le lundi 14, la maladie avait pris un caractère tout à fait grave et menaçant ; une tumeur inflammatoire et gangreneuse s’était déclarée ; il fallut lui en faire l’opération ; il la subit avec un grand courage ; et, pendant qu’elle dura, il ne dit que ces mots : « Savez-vous que vous me faites très mal ! » Il avait du reste conservé assez d’empire sur lui-même et assez de force pour paraître ensuite dans son salon et pour recevoir comme à l’ordinaire…

Je ne tardai pas à être informé de tout ce qui se passait. Il y avait plusieurs jours que je n’avais vu M. de Talleyrand ; mais je n’avais pas cessé, comme vous le pensez bien, de réfléchir et de prier beaucoup pour lui. Mgr l’archevêque m’avait remis le projet de déclaration dont je vous ai parlé, en me chargeant de le représenter au prince avec des modifications essentielles. Je me suis reproché de ne pas m’être hâté davantage ; il est vrai que j’étais loin de prévoir une fin si prochaine ; mais que de sollicitudes nous eussent été épargnées si j’avais achevé de traiter la grande affaire avec lui, pendant qu’il jouissait d’une parfaite santé ! — Cette pièce, ainsi rectifiée, se composait, au reste, des termes mêmes de la déclaration écrite de la main de M. de Talleyrand en deux pages in-quarto. Ma mission était d’obtenir qu’il y souscrivît et qu’il achevât ensuite de compléter sa paix avec Dieu et avec sa conscience.

Tel était l’état des choses, quand on vint me chercher le mardi 15, dès le matin… J’arrivai à la rue Saint-Florentin… On m’entoura aussitôt. « Il est bien mal, me dit-on, bien mal ! Cependant il vous verra volontiers ; dès que Pauline lui a