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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/108

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REVUE DES DEUX MONDES.

D’autres faits du même genre suivirent celui-là ; le prince qui veut être l’ami, le père de tous « ses chers Monténégrins » en fut péniblement affecté. C’était le temps où, à Belgrade comme à Cettigne, on parlait beaucoup de l’unité de la race serbe ; la jeunesse ne se cachait pas pour déplorer que la nation eût deux têtes : de là, pour quelques Serbes, à accuser les Monténégrins de vouloir faire disparaître les Karageorges au profit du prince Mirko, il n’y avait qu’un pas, qui fut franchi ; de même, à Cettigne on accusa les Serbes de chercher à réaliser l’unité, par les mêmes moyens, au profit du roi Pierre ou de son fils aîné. Les adversaires du parti « national libéral » monténégrin exploitèrent habilement ces manifestations d’une jeunesse imprudente et représentèrent le patriotisme panserbe de M. Radovitch et de ses amis comme un péril pour la dynastie des Petrovitch. Ce fut l’une des causes qui précipitèrent la chute du Cabinet Radovitch et poussèrent le prince à une politique réactionnaire. Quelques mois après éclatait l’ « affaire des bombes ; » elle allait servir à anéantir le parti dont M. Radovitch était le chef et à rendre plus difficiles les rapports entre Belgrade et Cettigne.


V

Nous n’abordons pas sans inquiétude l’histoire de ce « procès des bombes » qui, depuis 1907, a jeté la division, le trouble, le deuil dans un petit pays que l’on aimerait à dépeindre comme l’asile de la concorde et des mœurs patriarcales. Cette histoire, nous ne pouvons la passer sous silence, parce qu’elle a une portée générale : le « procès des bombes » est un procès politique. C’est comme tel que nous en parlerons ; nous nous efforcerons d’exclure le côté purement juridique de l’affaire, n’étant pas de ceux qui, en toute occasion, se croient qualifiés pour donner aux autres des leçons de justice. Nous exprimerons très franchement l’idée que nous avons pu nous faire, après avoir écouté toutes les opinions. Si nous n’avons pas réussi à être impartial, que l’on sache d’avance que nos sympathies ont penché du côté des plus malheureux.

Historiquement, le « procès des bombes » est, au sens sinistre que la Terreur a donné à ce mot, un « amalgame ; » il est, à la fois, le procès d’un parti, ou, si l’on veut, d’une tendance politique, et le procès de la propagande nationale serbe. À ce