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propose d’y substituer, ménagera-t-elle assez la vie du condamné pour lui laisser le temps de démontrer l’erreur de son jury ? Certes il y aurait lieu d’y réfléchir si la peine de mort se multipliait, si elle devenait la conclusion ordinaire de tous les cas auxquels le code actuel permet de l’appliquer. Mais quoiqu’un jury (celui de la Sarthe) ait récemment demandé qu’on l’applique « à tous les assassins sans exception, » il n’est pas probable qu’on en revienne à cette sorte de terreur légale. La majorité réclame seulement que la peine de mort reste dans nos codes, mais qu’elle n’y reste pas à l’état d’institution dont on a honte. Elle demande que toutes les fois qu’il se manifeste une de ces recrudescences de criminalité féroce, lubrique, évidemment préméditée, affectant de jouer avec la vie des autres et de braver une justice dont elle a appris à mesurer la faiblesse, il puisse y avoir un rappel énergique des droits supérieurs de la société. Les condamnés qui diront qu’on les surprend par cette inflexibilité subite prouveront par là même qu’ils avaient spéculé sur les défaillances du pouvoir et qu’ils ont ainsi mérité deux fois une sévérité exceptionnelle.


Pour amener la majorité des Français à le reconnaître, il a fallu vraiment que les criminels et les gens responsables de leur corruption précoce y missent de l’obstination ; car le mouvement du siècle poussait les esprits raffinés dans une direction toute contraire. Les criminalistes contemporains sont en effet portés du côté de l’atténuation des peines. Non pas qu’ils cessent d’avoir souci de la sécurité publique ; mais ils ont plus encore souci, semble-t-il, de discerner ce que mérite, — dans tous les sens du mot[1], — l’auteur d’un acte nuisible. Or l’une et l’autre tâche sont encore mal remplies à l’endroit de toute une catégorie croissante d’individus qu’on appelle ou les aliénés criminels ou les demi-fous.

Où commence, où finit cette forme hybride ? Où la prédominance de l’un des deux caractères est-elle assez décisive pour déterminer le choix d’une dénomination plus simple et d’une action plus une ? Ce sont là des problèmes de psychologie el de médecine pratique plus que de science pénale. Ce qui relève de

  1. On dit, par exemple, que telle plante ne mérite pas d’être cultivée, que tel objet ne mérite pas une réparation, parce que ni l’un ni l’autre ne paieront les frais faits pour eux.