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aperçus que nous n’aboutissions qu’à une chose : à perdre, sans aucune compensation, les colonies dont nous l’affligions. Elle mérite néanmoins de n’être pas indistinctement sacrifiée pour tous ceux auxquels on l’avait appliquée indistinctement. Il est plus d’une méthode (travaux publics en plein air, prestations imposées).... qui échouent fatalement quand elles accumulent sur un même lieu un trop grand nombre d’hommes tarés, mais qui peuvent réussir quand elles disséminent sur des points éloignés un petit nombre de sujets, choisis comme capables d’un effort de relèvement et comme désireux de s’assurer l’oubli du passé.

Malheureusement, il restera toujours des hommes qu’il faudra, pratiquement au moins, considérer comme incorrigibles et comme perdus pour la société humaine. Faut-il les en séparer à perpétuité ? On objecte aux peines perpétuelles qu’elles supposent impossible l’amendement de ceux qu’elle frappe ; qu’un tel arrêt est cruel autant qu’arbitraire et qu’en le rendant la société renonce à l’un de ses devoirs qui est de tout faire pour obtenir cet amendement. Oui, en effet, c’est là un devoir de la société ; mais il ne dépend pas d’elle seule d’y réussir. De plus l’amendement intérieur d’un individu ne suffit pas toujours à le rendre apte à la vie sociale, si le juste et nécessaire sentiment de répulsion qu’il a provoqué ne permet pas de le mêler à la génération qui le suit. Dans ces deux cas, la société a-t-elle le droit de sacrifier la partie, somme toute, la plus importante de sa mission, qui est la défense des honnêtes gens ?

Cette défense exige-t-elle que la peine de mort soit maintenue ? Un double mouvement vient de se produire sous nos yeux mêmes : mouvement tortueux vers l’abolitionnisme entretenu surtout par les doutes et les scrupules de quelques hommes publics et de quelques criminalistes, — mouvement de réaction presque inattendu, mais très général et très vif, de la part des jurys de nos divers départemens. Non seulement dans la première partie de l’année 1906-1907, le nombre des condamnations à mort a triplé ; mais les jurys qui les ont prononcées ont tenu à protester contre une clémence qui leur paraissait imméritée et surtout dangereuse. Il est vrai qu’entre ces deux manifestations s’est produit ce nouvel et alarmant accroissement des crimes de toute nature, et surtout des crimes sanglans. Si l’on n’avait devant soi que des exaltés, des hommes aveuglés par des passions ou des souffrances, il conviendrait à coup sûr