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restes de verdure, ce qui est encore plus rare et plus charmant que tout cela. Dites bien tout cela à M. et Mme Nightingale, à miss Florence et à miss Parthenope : j’ai besoin qu’ils le sachent, qu’ils me plaignent, et qu’ils me gardent un peu de leur bon souvenir.

Où diable ce pauvre Ozanam est-il allé se fourrer, pour que vous l’ayez rencontré ? Mais il est bien vrai qu’il a concouru pour l’agrégation à la Faculté des lettres de Paris, qu’il s’est beaucoup distingué, qu’il a été reçu le premier, et que ç’a été une vraie bonne fortune pour moi de le décider à me suppléer avec titre universitaire. C’est un excellent jeune homme, plein de zèle et de talent, sérieux et même un peu solennel. Quant à Quinet, vous n’avez que faire de vous en inquiéter : c’est lui qui m’a écrit au mois de juillet qu’il ne voulait ni ne pouvait me suppléer : il est ici depuis près d’un mois ; mais je ne l’ai pas vu encore. Il a écrit une brochure politique où il se déclare assez mollement pour la guerre. Je ne sais plus que penser, ni que dire de notre politique et de notre gouvernement ; mais ce que j’éprouve ressemble plus à une pitié douloureuse qu’à autre chose. J’ai peut-être l’air de m’amuser beaucoup, car je vais beaucoup au spectacle et j’entends beaucoup de musique ; mais je suis bien pressé de ne plus m’amuser autant. Adieu ! je vous écrirai, je l’espère, de nouveau chez Mme N..., dans huit ou dix jours.


Mary Clarke à Claude Fauriel.


Cold Overton. 7 septembre 1842.

Cher ami, tous les jours je grille d’avoir de vos nouvelles, et je sais bien que je n’en aurai pas ; tous les jours, je prie Dieu avec la plus parfaite dévotion pour que vous soyez bien, et je n’ai pas de foi dans mon crédit là-haut. Pourquoi est-ce que je prie ? Je n’en sais rien, c’est une habitude d’enfance. Je ne prie que par l’intensité du sentiment qui me remplit. Je ne comprends pas moi-même la logique de cela, mais à force de désirer vos nouvelles, je suis arrivée à la conclusion qu’il faut écrire, et je l’aurais fait il y a longtemps, si j’eusse été certaine d’une prompte réponse. Ecrivez-moi une demi-page, mais dites-moi si vous êtes bien, si vous travaillez, si vous vous soignez, si vous avez été au Havre, si vous y allez, si vous avez été voir