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la combinaison franco-espagnole et leur impraticable organisation internationale : le scrutin du 3 mars leur avait, à cet égard, donné une leçon de prudence qu’ils avaient comprise et retenue. Cependant, pour ne pas abandonner tout à fait leurs positions, ils corrigeaient la solution franco-espagnole en la restreignant à sept ports sur huit, et en subordonnant la police, non seulement à l’inspecteur commandant le huitième port, mais encore aux ministres accrédités à Tanger. C’était une cote mal taillée, illogique, incommode. Mais le comte de Welsersheimb ne disait point que ce fût le dernier mot de la transaction qu’il suggérait. Et au surplus, prêts que nous étions à consentir à la surveillance internationale de la police, nous avions le droit de penser que l’Allemagne, en échange, céderait sur Casablanca. La porte restait donc ouverte à des amendemens, en tout cas à la discussion.

Hors d’Algésiras, l’impression était également favorable. Le bruit nous était revenu de Tanger d’une conversation où le Dr Rosen, ministre d’Allemagne, après avoir adressé de vifs reproches au sujet de l’attitude de M. Bacheracht à M. Sabline, chargé d’affaires de Russie, avait conclu en s’écriant : « Notre dignité est engagée. Nous ne reculerons pas. Et, je vous le dis, c’est la France qui cédera. » Toutefois, cet accès de colère n’avait pas eu d’écho. La presse allemande marquait une modération toute nouvelle. Le Lokal-Anzeiger écrivait : « Tout le monde est persuadé qu’on arrivera à une entente aussi bien sur la question de la banque que sur celle de la police. » La Gazette de Francfort, la Gazette de Cologne, le Berliner Tageblatt, la Tægliche Rundschau donnaient une note identique. A la chancellerie, on affirmait, le 7 mars au matin, au correspondant du Temps, que les instructions envoyées à M. de Radowitz étaient des plus conciliantes. Le soir du même jour, une dépêche de la même source portait : « L’optimisme a repris le dessus à Berlin et on croit généralement que le gouvernement saura faire le nécessaire pour arriver à une entente. » Le 7 mars encore, M. de Szœgyeny, ambassadeur d’Autriche en Allemagne, disait à un de ses collègues : « J’ai vu hier, — c’est-à-dire le mardi 6, — le prince de Bülow : je suis maintenant certain du succès de la conférence. »

Simultanément, le comte Witte, à qui des plaintes avaient été adressées de Berlin au sujet d’un article favorable à la France, publié par le journal officiel l’Etat Russe, et qui avait