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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/93

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de la légation de Russie à Tanger, M. Sabline, qui assistait à la séance. Pour la première fois, en effet, on s’expliquait publiquement, et, dans cette explication, les Allemands avaient visiblement le dessous. M. de Tattenbach lui-même paraissait en convenir et regrettait « l’intransigeance de ses instructions. » M. de Radowitz travaillait silencieusement à rédiger le projet qu’il avait annoncé pour le 8, projet d’après lequel toutes les puissances devaient prendre une part égale à l’organisation de la police. La journée du 6 se passa en conversations. Le 7, on n’attendait rien de neuf, quand, dans l’après-midi, la curiosité diplomatique apprit que le plénipotentiaire autrichien avait demandé un rendez-vous au plénipotentiaire français.

C’était la première fois que l’Autriche-Hongrie entrait officiellement en scène. Et la communication que le comte de Welsersheimb apportait à M. Révoil donnait à cette intervention une particulière importance. Elle avait, effectivement, pour objet de nous annoncer le dépôt d’un projet sensiblement plus rapproché de nos vues que le projet international de M. de Radowitz. Sans doute, M. de Welsersheimb disait que son projet lui était tout personnel ; mais, d’une part il ne pouvait dire autre chose, et de l’autre, il était évident qu’il n’agissait pas sans instructions. Enfin, nous savions par deux de nos ambassades, à qui des gouvernemens étrangers en avaient parlé, que non seulement le cabinet de Vienne avait étudié le texte de son délégué, mais qu’il l’avait soumis à la chancellerie allemande, et que celle-ci l’avait elle-même modifié, puis approuvé [1]. Aux termes de ce projet, le Sultan aurait la direction de la police et cette police serait constituée avec des élémens et des cadres marocains : tout le monde là-dessus était d’accord. Les instructeurs seraient français à Tanger, à Larache et à Rabat, espagnols à Tetouan, à Sali, à Mogador et à Mazagan. Un inspecteur général, fourni par la Suisse, les Pays-Bas ou la Belgique, aurait le commandement direct du port de Casablanca et rendrait compte au corps diplomatique chargé du contrôle. La durée de cette organisation serait de cinq ans.

En se déclarant prêt à déposer ce projet, M. de Welsersheimb nous révélait, ipso facto, l’état d’esprit de ses collègues allemands. Ceux-ci, de toute évidence, ne croyaient pas possible de s’exposer à un vote qui eût appelé la conférence à choisir entre

  1. Un fonctionnaire de la Chancellerie de Berlin, M. Krieg, était venu apporter à Vienne les corrections allemandes.