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abondent en détails précis, et d’une vérité évidente : mais l’ex-imposteur, tout en déclarant le plus nettement du monde qu’il n’est point né à Formose, et ne connaît de ce pays que ce qu’il en a lu dans Caudidius, se refuse toujours à nous dire où il est né, et ce qu’il est au juste. Il affirme seulement que, parmi les nombreuses hypothèses qu’on a faites sur son origine, pas une n’est vraie. De telle sorte que, aujourd’hui encore, nous en sommes réduits à ignorer la patrie réelle du faux Formosan : soit qu’il ait craint, en nous la révélant, de transmettre à sa famille une part de la honte dont il se sentait chargé, ou que, peut-être, son besoin naturel de mystification ait subsisté en lui, jusqu’à la fin, et lui ait suggéré le désir de nous intriguer immortellement.

Cette curieuse aventure de Psalmanazar vient de nous être rappelée par un écrivain anglais, M. Farrer, qui s’est proposé de reconstituer, d’après des documens authentiques, l’histoire des plus célèbres « falsifications littéraires » de tous les temps et de tous les pays. Malheureusement, M. Farrer, malgré l’abondance et la sûreté de son érudition, n’a point su tirer parti des beaux sujets qu’il avait sous la main. Frappé, sans doute, du charme pittoresque des études historiques de M. Andrew Lang, il a essayé de les imiter : mais il les a imitées d’une façon si maladroite que les divers chapitres de son livre, bien loin d’avoir l’allure imprévue des récits de M. Lang, nous présentent un désordre prétentieux, fatigant, et parfois inextricable ; tandis qu’il aurait suffi à l’auteur d’exposer simplement les mêmes faits, dans leur suite réelle, pour évoquer devant nous des figures d’une originalité, d’une « excentricité » admirables.

Voici, par exemple, un vieux professeur écossais, William Lauder ! Après une longue carrière toute de travail et d’honneur, il a publié, à l’usage des classes, une édition nouvelle des Psaumes de David traduits en latin par Arthur Johnston ; et il se trouve que, vers le même temps, Pope, dans un vers de sa Dunciade, sans se douter aucunement de l’existence de Lauder, s’avise d’opposer la médiocrité poétique de Johnston au génie de Milton : sur quoi le vieux Lauder, craignant que le vers de Pope ne compromette la vente de son livre, est saisi d’une folle fureur contre la mémoire de Milton, et fait paraître un gros ouvrage où, par des citations innombrables, il prouve que l’auteur du Paradis Perdu a honteusement plagié deux poèmes latins, l’Adamus Exul de Grotius et le Sarcotis de Massenius. Mais bientôt l’on découvre que la plupart des vers latins, cités dans