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ne tenir aucun compte de la description faite naguère, de Formose, par « un soi-disant indigène de cette île, nommé Psalmanazar. » Ce personnage, en effet, avait depuis longtemps avoué, à ses amis, son ignorance complète du sujet qu’il avait prétendu traiter : et il n’aurait pas manqué d’offrir au public « un compte rendu fidèle de cette malheureuse imposture » si un tel aveu n’avait point risqué de nuire à la réputation de personnes respectables, qui vivaient encore. Après quoi, l’auteur anonyme, dans sa nouvelle description de Formose, résumait les données principales de l’excellent ouvrage de Candidius, dont il proclamait hautement les mérites.

En 1752, Psalmanazar écrivit son testament : il y ordonnait que son cadavre fût enterré dans la fosse commune, ou même, si c’était possible, déposé dans la terre sans aucun cercueil ; et il priait ses amis de publier, aussitôt après sa mort, des Mémoires où il avait raconté la véritable histoire de sa vie. Il mourut quelques années après, humblement et saintement. Le fameux Samuel Johnson, qui s’était lié d’amitié avec lui, le tenait pour l’homme le plus pieux et le plus vénérable qu’il eût jamais rencontré ; et son jugement nous est confirmé par maints autres, unanimes à reconnaître la modestie, la douceur, l’abnégation, l’édifiante pureté chrétienne de ce vieillard, qui, jadis, avec une audace et une impudence fantastiques, avait abusé de la crédulité, non moins fantastique, de tout un grand peuple.

Les Mémoires posthumes de Psalmanazar furent publiés en 1765. Ils ne sont, d’un bout à l’autre, qu’une confession, et d’un ton si humble et si confus qu’aucun doute n’est possible sur la sincérité du sentiment qui l’a inspirée. L’auteur raconte que, vers l’âge de seize ans, après avoir reçu une sérieuse éducation classique, il a été entraîné par toute sorte de circonstances à mener une vie de mendiant vagabond, à travers l’Europe : exploitant la charité publique sous des noms divers, et tantôt se donnant pour un huguenot français chassé de son pays, tantôt pour un catholique irlandais persécuté à cause de sa foi. Puis, un jour, ayant appris l’existence de l’Ile de Formose, l’idée lui est venue de se faire passer pour un indigène de cette île, converti au christianisme par des jésuites, et amené par eux à Avignon. Ainsi il a erré de ville en ville, tour à tour sacristain, soldat, saltimbanque, jusqu’au moment où il a rencontré le révérend Innés, s’est présenté à lui comme un adorateur du soleil couchant, et a reçu le baptême, de ses mains, une fois de plus. Suit le récit de son arrivée triomphale en Angleterre, et de l’étonnante mystification que j’ai résumée tout à l’heure. Sur tout cela, les Mémoires de Psalmanazar