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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/463

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Revues étrangères – Quelques figures de mystificateurs littéraires


Literary Forgeries, par J. A. Farrer, 1 vol. in-8°, Londres, librairie Longmans, 1907.


C’est en 1703 qu’un chapelain de l’armée anglaise, le révérend W. Innes, présenta à l’évêque de Londres un jeune indigène de l’île de Formose, qu’il avait eu le bonheur de convertir à la foi du Christ. Le nouveau venu, qui joignait désormais le prénom chrétien de Georges à son nom familial de Psalmanazar, se déclarait âgé d’environ vingt-six ans : et bien que sa figure n’eût rien d’asiatique, et lui donnât plutôt l’apparence d’un Gascon ou d’un Marseillais, la manière dont il se nourrissait de viande crue, à tous ses repas, aurait suffi pour prouver l’authenticité de son « formosanisme. » Cette authenticité, d’ailleurs, le néophyte la prouvait mieux encore par sa parfaite possession de la langue formosane, dans laquelle il venait de traduire le Catéchisme de l’Église d’Angleterre : lettrés et philologues, ayant jeté les yeux sur sa traduction, — qu’il avait eu soin de faire imprimer en caractères romains, — s’étaient accordés à y reconnaître « une langue si régulière et si grammaticale, et cependant si différente de toutes celles qui leur étaient connues, » qu’elle ne pouvait pas ne pas être la langue de l’île de Formose. Et comme, avec cela, Psalmanazar était fort intelligent, et que sa provenance barbare ne l’empêchait point d’avoir des manières charmantes, ni son faux air provençal d’être assez bel homme, toute la société anglaise se prit pour lui, aussitôt, d’un mélange de curiosité et de sympathie. Les princes,