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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/451

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Revue dramatique – Le théâtre contre le divorce


Les deux pièces qu’on vient de nous donner au Vaudeville et à la Comédie-Française, les Jacobines de M. Abel Hermant et la Maison d’argile de M. Emile Fabre, peuvent différer sous tous les autres rapports : elles se ressemblent par l’âpreté du réquisitoire qu’elles dressent contre le divorce. Le public n’en a éprouvé aucune surprise. Il s’est habitué à considérer la pièce contre le divorce comme un article courant du théâtre d’aujourd’hui. Il en escompte d’avance les situations, il en reconnaît les types, il salue au passage les aphorismes qui sont devenus les lieux communs du genre. C’est un « poncif » désormais adopté par la comédie de mœurs, et le moment est donc venu de le définir.

Un curieux des choses de la scène, — il n’en manque pas parmi nous, — écrira quelque jour un livre instructif et divertissant qui s’intitulera : Histoire des variations du théâtre dans la question du divorce. Dès maintenant, il est facile d’en indiquer les grandes lignes et le dessin. On se souvient en effet avec quelle ardeur les auteurs dramatiques étaient naguère partis en campagne pour réclamer une réforme, d’où ils n’attendaient rien de moins, pour la pauvre humanité, que l’avènement du Bonheur et de la Vertu. Alexandre Dumas fils, toujours en avant, sonnait la charge et prenait la tête ; Augier, docile, se précipitait à sa suite ; tous les autres marquèrent le pas. Pendant vingt ans, ils nous attendrirent sur le sort des malheureux époux rivés à leur triste chaîne, soupirant vainement vers la délivrance, éternels