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pas combattre, y est animé par ses barons, et surtout par son neveu Foulques (a Fulcone, nepote suo, viro utique sapiente et forti), et nous reconnaissons ici le Foulques de la chanson de geste, qui, à vrai dire, joue plutôt dans le poème le rôle d’un modérateur. Pourtant, un sage vieillard conseille à Girard d’offrir un accord à Charles, comme à son droit seigneur. Par deux fois, Girard envoie au roi un messager, porteur d’offres pacifiques, et s’humilie ; par deux fois, le roi chasse le messager. Girard se résigne alors à la bataille. Il est vainqueur et Charles s’enfuit ; mais Girard défend aux siens de poursuivre le fuyard (§ 61).

Le roi se dispose à l’attaquer de nouveau. Pour la troisième fois Girard lui propose la paix ; le roi la refuse. En douze batailles les adversaires se rencontrent : le roi attaque toujours, Girard se défend fortement, et, par l’aide de Dieu, il triomphe toujours ; tant qu’enfin « il chaça lou roi jusques en la cité de Paris par grant proesce (§ 66). »

Charles, obstiné en sa colère, voulait rassembler une nouvelle armée, quand un ange de Dieu lui apparut et lui ordonna de cesser la lutte. Il obéit, manda Girard, lui donna de grand cœur le baiser de paix, et désormais, dit l’hagiographe, il n’y eut plus jamais entre eux discorde ni querelle (veteribus querelis sedatis, firmo perpetue et sincere dilectionis glutino invicem se confederant), et ce fut la fin de leurs longs démêlés (et sic finis tam diuturne controversie fuit, § 72).

Jusqu’ici le moine a intitulé tous ses récits : Vita Girardi. Désormais il divisera ce qui lui reste à dire en petits chapitres portant chacun un titre.

Dans le premier, De monasteriis Girardi, il raconte comment Girard, engagé plus avant dans les bonnes œuvres par la mort de ses deux enfans, Thierry âgé d’un an (c’est ce Thierry dont nous avons l’épitaphe) et sa fille Eve, fonda, en l’honneur des douze apôtres et en souvenir des douze victoires que Dieu lui avait accordées, douze abbayes, dont les plus illustres sont Vézelay et Pothières.

Suivent deux chapitres : De miraculo Vercelliacensi, De miraculo Pulteriensi. C’est d’abord l’histoire de Berte qui se lève la nuit pour porter au sommet de la montagne de Vézelay des charges de sable, destinées à la construction du moutier ; jaloux, Girard, l’épie « et vit clarté mervoillouse qui l’anvironnoit de toutes parz, et vit darriers li un homme très cler qui li