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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/371

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obligé, à contre-cœur, de confisquer les biens que les sujets du roi possédaient en Provence ; il semble que les choses en soient restées là [1].

Charles de Provence étant mort en 863, Girard continua, sous le roi de Lorraine Lothaire II, à gouverner jusqu’en 870 le Viennois.

En 868, Je roi confirme les donations faites par Girard et Berte à l’abbaye de Vézelay et qualifie en cet acte le comte Girard de carissimus valdeque amantissimus nobis.

Après la mort de Lothaire (8 août 869), ses deux oncles, Louis le Germanique et Charles le Chauve, se partagèrent son héritage. Charles se dirigea vers la Provence pour l’occuper : mais il rencontra de l’opposition de la part du comte Girard. Néanmoins, « la résistance ne fut pas de longue durée, et, quelle qu’elle ait été, Girard n’en eut pas le mérite. » Les Annales Bartiniani nous disent, en effet : « Charles, venant de Lyon, s’avança pour l’assiéger contre Vienne, où se trouvait Berte, femme de Girard ; Girard était alors dans un autre château. Au cours du siège, le roi dévasta les pays d’alentour. Il se concilia habilement une grande partie des défenseurs de Vienne ; s’en étant aperçue, Berte fit savoir à Girard ce qui se passait ; Girard vint donc rendre à Charles la ville, où le roi entra la veille de Noël et où il célébra la Nativité (25 décembre 870). » Girard donna des otages et, dans les premiers jours de l’année 871, « sur trois vaisseaux fournis par le roi, il descendit le Rhône avec sa femme Berte. »

Il mourut, peut-être à Avignon, entre le 5 mars 877 et le 5 mars 879.

On le voit, il est assuré que ce personnage est le même que le Girard épique. Le Girard épique est caractérisé par ces trois traits, entre beaucoup d’autres : il combat un roi de France que

  1. C’est l’interprétation de M. Longnon. Selon M. Poupardin, qui reconnaît ici à peu près la même autorité aux Annales Bertiniani et à la chanson de Girard de Roussillon et qui en combine les données, la réclamation de Girard serait antérieure à la marche de Charles contre la Bourgogne ; Charles aurait tenté en 861 de s’emparer de Vézelay et de Pothières et aurait sans doute ravagé les terres que Girard possédait en Bourgogne. Il subit une défaite et « rien ne s’oppose à ce que cet échec ait été l’un des points de départ de ces heroicae cantilenae dont parlent [quatre siècles plus tard] Gui de Bazoches et Aubri de Trois-Fontaines… Ce serait donc à l’expédition manquée de 861 que la tradition rattachait la bataille dite de Valbeton. » — Tout ce raisonnement est fondé sur ce postulat que les romans du XIIe siècle peuvent à l’occasion suppléer au silence des chroniques carolingiennes.