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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/364

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Le poète ne nous avait plus parlé de la reine Elissent [1]depuis l’heure où, prenant congé de Girard, elle lui avait laissé son anneau en gage de l’amour qu’elle lui gardait. Le temps est venu où elle lui montrera qu’elle lui a conservé fidèlement son « tendre vouloir. »

Girard, déguisé en pèlerin, arrive avec Berte à Orléans, où séjournent le roi et la reine ; chacun en France le croit mort depuis des années. La nuit du vendredi saint, comme la reine Elissent est venue à l’église Sainte-Croix, et qu’elle prie sous une voûte, devant un autel faiblement éclairé, le pèlerin se glisse près d’elle : « Dame, pour l’amour de Dieu qui fait des miracles, et pour l’amour des saints que tu as requis, et pour l’amour de ce Girard qui te fut fiancé, dame, je te crie merci afin que tu me viennes en aide ! » La reine lui dit : « Brave homme, que savez-vous de Girard ? Qu’est-il devenu ? — Dame, si vous voyiez ici le comte Girard, dites-moi, reine, que feriez-vous ? » Elle répond : « Brave homme, vous faites grand péché en me conjurant par ce nom. Je voudrais avoir donné trente cités pour que le comte fût vivant et qu’il eût paix, et toute la terre dont il a été dépouillé. » Alors Girard se rapprocha d’elle, lui donna l’anneau et dit : « Voyez, je suis ce Girard dont vous parlez ! » Et quand elle eut pris l’anneau, elle le reconnut bien ; il n’y eut vendredi saint qui tînt ; sur l’heure Girard fut sept fois baisé.

Elle veille à la sûreté du pèlerin en attendant qu’elle obtienne sa grâce du roi, et, trois jours après, au jour de Pâques, elle requiert de Charles qu’il pardonne enfin à Girard de Roussillon. Charles y consent : Girard n’est-il pas mort depuis des années ? Il pardonne donc, à contre-cœur, devant tous ses barons. Elissent lui baisa la bouche et le visage, puis envoya chercher le pèlerin et sa femme. Mais quand le roi eut reconnu Girard et Berte, il devint noir de colère. Il maudit, au nom de Dieu, le pardon qu’il avait accordé.

Sa haine s’est réveillée ; pourtant il est lié par les paroles de rémission qu’il a prononcées. La reine Elissent conjure les dangers qui menacent sa sœur et son ami. Tandis que les ennemis de Girard, soutenus par Charles, dressent contre lui de nouveaux pièges, Girard, grâce à l’appui et aux richesses que lui

  1. Sauf une fois, au § 43, où elle avait averti Girard d’avoir à se garder contre Charles.