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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/358

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l’ayant vaincu, l’ont dépouillé de sa terre, l’ont chassé en exil, où il a sept ans vécu misérable. Maintenant, revenu à, la cour du roi, il hait toujours Drogon, Girard et son lignage ; pourtant, parce qu’il a le cœur haut et juste, il conseille au roi de cesser la guerre.

Le roi dit en sa colère :


Voyez-vous par ces prés cette forêt de lances, ces hauberts ? Avec tout cela je ferai à Girard deuil et tourment. Ne croyez pas que je lui laisse sa terre ! Je ne laisserai subsister ville sur sol ni arbre fruitier que je ne déracine…


Et Thierry répondit :


Roi, Dieu t’a rendu fou !… Ce n’est pas que je veuille du bien à Girard : son père Drogon et son oncle, le comte Odilon, m’enlevèrent jadis ma terre ; sept ans j’ai été proscrit, vivant dans les bois épais, travaillant de mes mains pour vivre, quand le roi Charles m’en tira par sa merci… Mais, pour nul ennemi que j’aie, je ne dois commettre de félonie ou hésiter devant le droit, car quiconque fausse le droit est un traître, et la cour où il est tombe en interdit. C’est pour toi, Charles, que je le dis, toi qui repousses le droit, toi qui écoutes et regardes et ne vois rien, non plus que les Juifs ne voyaient le Messie qu’ils crucifièrent !


Malgré ces conseils du vieil ennemi de Girard, le roi garde sa colère. Alors le messager Foulques convient au nom de Girard que les deux adversaires videront leur querelle par bataille en tel lieu désigné, à tel jour. Le lieu choisi est la plaine de Valbeton, là où coule la rivière d’Arsen (§ 126). Celui des deux ennemis qui sera vaincu prendra le bourdon du pèlerin et s’exilera outremer.

Au jour dit, Charles et Girard, à la tête de deux armées puissantes, se rencontrent à Valbeton, et cette bataille, que le poète a décrite avec fougue, était illustre au moyen âge à l’égal de celles des Aliscamps, d’Origny et d’Aspremont. Le vieux Thierry d’Ascagne, celui même qui tout à l’heure conseillait la paix au roi, y tue de sa main son ennemi Drogon, père de Girard, et blesse mortellement Odilon, oncle de Girard. La bataille dura tout un long jour de mai, et resta indécise : car, le soir, par un miracle de Dieu, un orage éclata, fort, fier et horrible ; des flammes descendirent du ciel pour s’abattre sur le gonfanon du roi et sur le gonfanon de Girard : les deux enseignes tombèrent en charbon. A la vue de ces signes que