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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/341

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Pour essayer de nous mettre au niveau des concurrens étrangers, il faut donc concentrer nos efforts sur certains points destinés à devenir des centres pour les marchandises d’exportation, et à offrir aux navires de commerce les avantages qu’ils trouvent hors de notre territoire.

Ce que nous venons de dire pour les marchandises s’applique en partie aux voyageurs. Bien que les statistiques officielles ne nous fournissent pas de renseignemens sur le mouvement des voyageurs embarqués ou débarqués par les navires étrangers en France, nous savons que ce nombre est considérable et va en augmentant d’année en année.

La Compagnie White Star Line, qui est en Angleterre la plus importante Compagnie transatlantique, vient de décider de faire toutes les semaines escale à Cherbourg dans le voyage d’aller et de retour sur New-York. Elle suit, en la circonstance, l’exemple donné d’abord par les deux grandes Compagnies allemandes : Hamburg Amerika Linie et le Norddeutscher Lloyd, ensuite par l’American Line. La Compagnie Cunard, qui possède déjà les paquebots anglais les plus rapides, va mettre en service, dans le courant de l’année, deux gigantesques unités : le Mauretania et le Lusitania, et elle annonce que, comme la White Star, elle va faire escale à Cherbourg. De plus, depuis un certain nombre d’années déjà, la Holland Amerika Linie, de Rotterdam touche chaque semaine à Boulogne.

On voit donc que les plus grandes Compagnies transatlantiques étrangères viennent maintenant en rade de nos ports, — principalement à Cherbourg, — pour enlever sur notre territoire la clientèle des passagers, à destination des Etats-Unis. Elles se trouvent dans des conditions particulièrement favorables, puisqu’elles peuvent, au moyen d’une escale en rade, ne perdre, pour ainsi dire, pas de temps et éviter les frais très élevés qu’entraînent des opérations de débarquement et d’embarquement de passagers à quai. Afin de se rendre compte des avantages de cette opération pour les étrangers, il suffit de prendre l’exemple d’un paquebot de la ligne française. Supposons que la Provence, au lieu de partir du Havre, parte de Hambourg et vienne faire escale à Cherbourg, pour y prendre à l’aller : 150 passagers de première, 160 de deuxième et 600 émigrans. En revenant à Cherbourg, le paquebot débarquera le même nombre de passagers. Qu’est-ce que cette double escale aura entraîné pour lui de dépenses,