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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/239

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arrangement : mais comment ne pas avoir des doutes ? Si la rupture devient définitive, il faudra dire bien haut : — Le clergé de France, par l’effort le plus méritoire, a voulu sortir de l’intransigeance ; le gouvernement l’y a rejeté.


Malgré l’intérêt des questions qui se rattachent à l’exercice du culte, et on vient de voir qu’il n’a pas diminué, les préoccupations publiques se sont, depuis quelques jours, portées aussi sur un autre sujet. M. le ministre des Finances a déposé un projet d’impôt sur le revenu : on l’a lu, et l’impression produite a été profonde. Il faut même remonter très loin pour en retrouver une autre qui ait mis au même degré les esprits en fermentation.

On était habitué depuis longtemps à voir tous nos ministres des Finances, en arrivant aux affaires, déposer un projet d’impôt sur le revenu : c’était une sorte de rite consacré, et M. Caillaux lui-même n’avait pas manqué de s’y conformer lorsqu’il a fait partie, pendant trois ans, du ministère Waldeck-Rousseau. Ces projets, quoique tous mauvais, ne causaient qu’une émotion superficielle et rapide. Bientôt, en effet, on n’en entendait plus parler. La Chambre, de son côté, a voté à diverses reprises le principe d’un impôt sur le revenu sans que les esprits en aient été troublés : on savait que ces votes étaient pour la Chambre une manifestation obligatoire, mais platonique, qui ne tirait pas à conséquence. Pourquoi n’en a-t-il pas été de même cette fois ? Est-ce seulement parce que le projet est plus mauvais encore qu’à l’ordinaire ? Est-ce parce qu’on lui croit plus de chances d’aboutir ? Ces deux motifs ont sans doute agi sur les imaginations pour y jeter de l’inquiétude. Quoi qu’il en soit, on ne parle que de l’impôt sur le revenu de M. Caillaux. Le monde des affaires est toujours aussi ému. La rente française a baissé, ce qui est tout naturel puisqu’elle est menacée par le nouvel impôt : elle a subi et elle subira encore des oscillations très fortes. M. Jaurès s’en est indigné : il a dénoncé les manœuvres éhontées qui, d’après lui, se pratiquent à la Bourse. Rien ne serait plus piquant, si le sujet n’était pas si grave, que de montrer les manœuvres de M. Jaurès lui-même, qui tantôt s’efforce de rassurer les capitalistes et les rentiers sur les projets, tout à fait innocens d’après lui, de M. le ministre des Finances, et tantôt prodigue la menace à ces mêmes rentiers et capitalistes, usant sur eux de l’intimidation après avoir constaté que la séduction opérait insuffisamment. A voir cette agitation de M. Jaurès, tout le monde a conclu qu’il avait été un des inspirateurs et des collaborateurs de M. le ministre des Finances.