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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




28 février.


Le 19 février, M. Briand prononçait devant la Chambre un discours qui a été couvert d’applaudissemens, et qui lui a valu une majorité finale de 370 voix contre 34 : on peut dire, si on y tient, que c’est là une majorité toute républicaine, la droite s’étant abstenue de prendre part au scrutin. Dans ce discours, M. Briand affirmait une fois de plus sa politique de tolérance, de modération, d’apaisement. Il y dénonçait les « pressions violentes » que les partis avancés essayaient d’exercer sur le gouvernement. Mais, disait-il, « nous résistons, par honnêteté, vous entendez bien, et aussi parce que, ayant le souci des intérêts de ce pays que nous connaissons, mesurant la route que certains voudraient nous voir parcourir et apercevant tout ce qu’on y pourrait semer de désastres, nous nous refusons à faire passer la France par cette voie douloureuse. » Que reste-t-il aujourd’hui de ce discours ? Nous craignons qu’il ne faille répondre : rien ! En vain la Chambre l’a-t-elle approuvé. Le Journal Officiel porte que les applaudissemens éclataient « à gauche et sur divers bancs de l’extrême gauche et du centre. » Il semble donc que l’assemblée était à peu de chose près unanime, et, à l’issue de la séance, on pouvait croire que le gouvernement et l’Église étaient entras ensemble dans la voie de la conciliation. Quelques jours plus tard, tout avait changé d’aspect. Sur cette mer en apparence pacifiée, un remous subit s’est produit et a tout emporté. La situation s’est aggravée au lieu de s’améliorer, et il n’y a pas à chercher longtemps à qui en revient la responsabilité : elle revient au gouvernement, et, dans le gouvernement, à M. Clemenceau.