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Négociateur de tempérament, convaincu par l’étude du dossier marocain que nous étions arrivés à la limite des transactions acceptables, M. Bourgeois allait, en moins de deux semaines, ressaisir l’avantage. Ce fut une partie décisive, où le succès final récompensa notre résolution de préférer la rupture même à un accord équivoque et humiliant.

Un ministère qui se constitue a un moyen immédiat de publier ses vues : sa déclaration. Le 14 mars, cette déclaration était lue à la tribune de la Chambre par M. Sarrien, président du Conseil, à celle du Sénat par M. Clemenceau, ministre de l’Intérieur. Le passage relatif à la politique extérieure était une réponse péremptoire à ceux des journaux d’outre-Rhin qui avaient fait au nouveau ministère l’injure de compter sur lui pour l’abandon de la politique nationale. Le juste hommage rendu à M. Rouvier apportait une réplique excellente aux tentatives obliques de la Gazette de Voss, notamment, pour opposer l’un à l’autre le gouvernement de la veille et celui du lendemain. La déclaration rappelait, d’autre part, fort à propos que la politique inaugurée par M. Rouvier, continuée par M. Bourgeois, n’était pas seulement la leur, mais celle aussi de la Chambre entière qui, le 16 décembre 1905, l’avait faite sienne à la presque-unanimité. Elle précisait avec force la nature des droits et l’importance des intérêts engagés, du côté français, dans le débat marocain. Et tout en exprimant la conviction que nous pouvions sauvegarder les uns et les autres sans léser aucune puissance, elle affirmait « la pleine conscience » qu’avait le gouvernement du devoir défensif qui s’imposait à lui.

Dès le 14 mars et le lendemain 15, les ambassadeurs rendaient visite au ministre des Affaires étrangères. Et celui-ci, tout aussitôt, dégageait de ce premier contact une impression, à savoir que partout le bruit, propagé par la circulaire allemande du 12, de notre lassitude et de celle de nos amis avait été accueilli, sinon comme vrai, au moins comme vraisemblable. Si brefs que fussent ces entretiens initiaux, ils suffirent à M. Léon Bourgeois pour démentir, en ce qui nous concernait, les affirmations de M. de Radowitz et de la chancellerie impériale. Au comte de Khevenhuller, ambassadeur d’Autriche, et au comte Tornielli, ambassadeur d’Italie, il déclara, avec une insistance particulière, qu’il ne comprenait pas comment l’Allemagne avait pu se tromper aussi gravement sur nos intentions. Il était notoire que