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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/888

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Saint-Louis, et deux ans plus tard le grade de colonel. Lorsque le ministre d’Argenson le désigna pour le Canada, il reçut le titre de major général et le roi, par une délicate attention, lui substitua son propre fils à la tête du régiment qu’il commandait. Les instructions données à Montcalm spécifient en termes très nets qu’il est placé sous l’autorité du gouverneur général Vaudreuil.

Le nouveau général des « troupes françaises de l’Amérique » ignorait tout du pays où il était appelé à se rendre ; pour se renseigner, il se mit à lire l’histoire de la Nouvelle-France du P. Charlevoyx, qui avait paru depuis une dizaine d’années et qui n’est qu’une compilation médiocre, d’ailleurs intéressante. Le roi lui avait adjoint deux officiers de haut mérite, le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque, qu’il avait promus à cette occasion l’un brigadier et l’autre colonel. Bougainville, le futur explorateur du Pacifique, faisait aussi partie de l’expédition. Parti de Brest le 3 avril 1756, Montcalm n’entra à Québec que le 13 mai, après une traversée très mouvementée. Il fut aussitôt accueilli, en une réception somptueuse, par l’intendant, François Bigot ; il se montre étonné du luxe déployé par son hôte et remarque que sans doute la place d’intendant de la Nouvelle-France doit être assez bonne. Peu de jours après, Montcalm montait à Montréal, pour se présenter à Vaudreuil, et la première impression, s’il faut en croire la correspondance officielle du gouverneur, lui fut très favorable. Mais la bonne entente ne devait pas durer longtemps.

Entre Vaudreuil et Montcalm, le dissentiment dut être à peu près du même ordre que dans plusieurs de nos colonies d’aujourd’hui, entre fonctionnaires et colons ; les uns ne résident qu’en passant, leur existence est rarement enracinée dans le pays, et beaucoup n’aspirent qu’au congé libérateur ; en attendant, ponctuels dans l’accomplissement de leur tâche, ils ne pénètrent guère dans la société plus sédentaire des colons, ils vivent entre eux, avec une gaieté souvent plus bruyante que fastueuse, mais qui n’en agace pas moins autour d’eux les habitans astreints à une vie plus dure, sauf à en toucher les justes profits. En Canada, les soldats pouvaient paraître oisifs une bonne partie de l’année, ce qui n’empêchait pas que, pendant les quelques semaines d’une campagne, leurs officiers prenaient le pas sur ceux des milices. Vaudreuil n’aurait pas voulu d’un général métropolitain, pour commander les troupes du Canada ; il demandait, dès 1755, ce que les