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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/855

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de l’eau de sandal contenue dans deux coupes d’argent. — Nous sommes aspergés, des premiers, par l’hôte en personne ; sa femme asperge les dames indiennes et leurs filles qui se divertissent en croquant du sucre candi. Les plateaux circulent. Les bras bronzés plongent avec un cliquetis d’anneaux parmi les friandises. On nous offre de la limonade et du vin de Champagne. Et la cérémonie continue, après cet intermède, dans le luxe discret, intime, écrasant, barbare, où tout brille, reluit, embaume, parle aux sens. Les métaux précieux, les gemmes, les perles se mesureraient au boisseau ; les soies de Bénarès, les satins brochés du Penjab, les mousselines de Dacca lamées d’argent et d’or fin s’auneraient par brasses. Et tout cela couvre et découvre, au gré des mouvemens, les chairs lustrées dont le ton varie du bronze noir au chamois le plus clair, presque blanc. Les bijoux scintillent comme des lampyres dans le demi-jour des galeries, les yeux palpitent comme des étoiles sous les arcs fiers des sourcils. Entre eux, le petit disque rouge des Déesses est soigneusement tracé au pinceau.

Il y a là deux cents femmes, peut-être, presque toutes belles de corps, la plupart charmantes de traits, avec leur visage ovale, un peu mou, leur cou plein et empâté. Leurs épaules et leurs bras comptent parmi les fameux, dans l’Inde ; les Dravidiennes ont cette réputation méritée de posséder les corps les plus parfaits qui existent. Les femmes de caste, s’entend ; car pour le menu peuple, le type, quoique assez varié, est certainement très médiocre.

Mais je ne puis jouir, par la vue, de ce parterre de fleurs vivantes que bien à la dérobée. On nous a assis le des tourné à la jeunesse, et ce serait une grave inconvenance que de se retourner. La première recommandation que vous adressent les interprètes officiels est de ne point regarder avec insistance les femmes, dans les fêtes où l’on est convié. Je ne saurais trop vous le répéter : l’Oriental, et l’Hindou l’est dans les moelles, ne souffre guère plus qu’on admire ses parentes ou alliées qu’il n’aime en entendre parler. Aussi fus-je privé, pour une grande part, de ce spectacle unique et vraiment ravissant, de deux cents indiennes de caste, dans leur décor domestique. La plupart de ces femmes ne sortent guère, si ce n’est en voitures fermées, à fenêtres en persiennes, et on ne les voit, pour ainsi dire, jamais. Dans le Nord de l’Inde, qu’il s’agisse de brahmanistes ou de musulmans, les femmes sont entourées de soins encore plus jaloux.