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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/768

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Sud, sous la direction du poète Ryléïef, ami de Pouchkine, partisan d’un libéralisme doctrinal, et du colonel Pestel, qui visait à détruire le mal par sa racine, à supprimer le Tsar et sa famille, à exproprier les nobles, à organiser un vaste république fédérative, l’Alliance des Slaves réunis. L’Alliance devait soustraire à la suzeraineté de la Turquie et de l’Autriche les rameaux détachés de la famille slave. La bureaucratie serait écartée. La société nouvelle se fonderait sur la communauté de propriété existante. Le chef de la commune serait élu et investi de pouvoirs très étendus, sous le contrôle d’une assemblée communale choisie parmi les pères de famille.

Cette république, communiste et fédérative, devait s’établir au moyen d’une conjuration jacobine et d’un soulèvement militaire. Le jour choisi fut le 14 décembre 1825, lorsque les troupes, réunies à Pétersbourg sur la place Saint-Isaac, allaient prêter le nouveau serment à l’Empereur Nicolas, élevé au trône par l’abdication de son frère Constantin. Nicolas était réputé pour son penchant despotique. Deux mille soldats s’ameutèrent. Le prince Troubetskoï, qui devait être présenté au peuple et acclamé dictateur, fut introuvable au dernier moment. Les troupes fidèles réprimèrent la révolte de la façon la plus expéditive et la plus sommaire, en présence de la foule indifférente et étonnée. Cinq des conspirateurs furent condamnés à l’écartèlement. Nicolas leur fit la grande faveur de commuer le supplice en pendaison. Le bourreau s’y prit mal, la corde glissa sur le capuchon noir de Ryléïef, il tomba de la potence, dans la trappe ouverte, dut être rependu, et, tout contusionné, se plaignit, dans l’intervalle, avec humeur, qu’en Russie on ne sut ni conspirer, ni juger, ni pendre. Les autres conjurés, au nombre d’une centaine, parmi lesquels Troubetskoï, Narychkine, Orlof, tout ce qu’il y avait de distingué parmi la jeunesse, furent expédiés en Sibérie, où leurs femmes, élevées dans le luxe, se dévouèrent à les suivre. Tel fut le sort des premiers martyrs, bientôt vénérés, d’une liberté que ces âmes généreuses et chimériques étaient alors presque seules à désirer pour la Russie.

Poussé par cette première expérience sur sa pente naturelle, Nicolas fit de son royaume une caserne et une prison. Si, après l’heureux traité d’Andrinople, il songeait à quelques réformes, il en fut détourné par la Révolution de Juillet et l’insurrection de la Pologne. Centraliser, unifier à outrance, en matière