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combien était regrettable le scandale qu’occasionnait la liaison amenée de don Fernand et combien il était urgent de la régulariser par un digne mariage. Le prélat goûta l’insinuation ; aidé par quelques bonnes âmes, il manœuvra avec une telle adresse que peu après dom Fernand épousa la comtesse d’Edla [1]. Il parut dès lors que le règne du Portugais était irrévocablement écarté.

Serrano, aussi obstiné à son Montpensier qu’Olozaga à son Portugais revint aussitôt à son candidat : on pourrait le prendre, soit comme roi, soit comme mari de l’Infante devenue reine. Mais il y avait contre ce prince un courant invincible d’impopularité dans toutes les classes de la nation ; les libéraux le suspectaient, les conservateurs lui reprochaient sa conduite envers la Reine, le peuple, depuis le duel dans lequel il avait tué Henri de Bourbon, l’appelait le fratricide, et le marchand d’oranges à cause des profits qu’il lirait des produits de ses jardins [2] ; il étalait maladroitement son ambition et l’on doutait qu’il eut la capacité de la soutenir.

Castelar a été, en cette occasion, l’interprète de l’opinion générale : « Il y a, ici, 80 républicains, 30 démocrates, 100 progressistes qui seront unanimes pour voter contre lui. — Peut-être, espère-t-on arracher aux Cortès leur consentement par lassitude, mais les Cortès ne peuvent ni ne veulent se suicider. D’ailleurs, ne voit-on pas que l’état du pays est tel que, lors même que la Chambre voterait pour Montpensier, le peuple ne voudrait pas le recevoir. » Les progressistes, Zorilla et Muniz ne parlaient point différemment : « Nous n’opposâmes aucun obstacle à ses intrigues dans la presse et le Congrès ; nous ne rompîmes avec aucun des amis et des collègues qui avaient embrassé sa cause. Nous ne contribuâmes en rien à l’échec d’un dessein qu’il ne faut imputer qu’à son absence de tact, à son impatience, et à sa confiance en des hommes inutiles ou discrédités. »

En Europe, on ne pensait pas plus favorablement. Le cardinal Antonelli disait que a cette combinaison était une de celles qui seraient vues avec le plus de déplaisir par le Saint-Siège. » A Londres, le principal secrétaire d’État fit connaître à l’envoyé d’Espagne qu’il considérerait le choix de Montpensier comme le plus funeste que pût faire l’Espagne, et comme le signal de la

  1. Fernandez de los Rios, Mi Mision en Portugal, p. 344.
  2. Citation de Muniz.