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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/746

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solution possible et comprenait qu’à défaut de la reine Isabelle, dont la déchéance lui paraissait irrémédiable, le meilleur candidat était son fils, le jeune Alphonse. Il le trouvait plein d’intelligence, noble, courageux, charmant, et ne doutait pas qu’il ne sût plus tard occuper sa place. Il ne jugeait pas heureuse la combinaison de créer un nouveau roi et d’accroître ainsi d’un parti de plus les partis déjà trop nombreux en Espagne. Les dynasties anciennes lui paraissaient la meilleure garantie du principe monarchique. Il indiqua à son ministre la politique qu’il entendait suivre, dans une note où l’on retrouve la liberté et la haute justesse de son esprit : « La révolution de l’Espagne s’est faite au cri de : « A bas les Bourbons ! » Et cependant il y a un parti à Madrid qui, ayant reçu de fortes sommes du Duc de Montpensier, travaille à le faire arriver au trône. Nous avons un profond respect pour les décisions de la volonté nationale, et si le Duc de Montpensier est régulièrement élu par la nation espagnole, nous n’aurons rien à dire. Mais avant que cet événement se produise, si toutefois il doit avoir lieu, nous tenons à dire notre opinion. Si la nation espagnole ne veut plus de Bourbons, tant mieux ; mais si elle revient sur sa première impression, il me semble qu’elle ne pourrait pas faire un plus mauvais choix que d’élever sur le trône un d’Orléans, répétant en Espagne l’usurpation de 1830, et donnant à l’Europe le funeste exemple d’une sœur détrônant sa sœur. D’ailleurs, la situation de l’Espagne, dans ce moment, ne nous semble pas faite pour admettre le choix d’un prince ayant déjà des antécédens accentués et des opinions faites. Si l’Espagne pouvait supporter l’état républicain sans courir le risque de voir son unité nationale compromise par la reconstitution de royaumes indépendans, c’est ce qu’elle aurait de mieux à faire ; car cela donnerait le temps à la nation de faire son éducation politique et d’apprendre à se connaître elle-même ; mais, puisque la république n’est pas possible, tout ce qui en rapproche le plus nous semble ce qu’il y aurait de plus profitable. Or le hasard a voulu qu’il y eût un jeune prince, le prince des Asturies, sur la tête duquel reposent tous les droits monarchiques. Il est d’un âge où ses opinions personnelles ne peuvent pas compter, et peut être élevé dans les opinions du jour loin des flatteurs et des intrigues. Son âge permet une régence, qui serait probablement exercée par les hommes qui ont donné le plus de gages à la révolution. Et ce