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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/646

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semblait vendre aussi la confession de Pâques : cet odieux abus ne disparut que fort tard, puisque saint Vincent de Paul eut beaucoup de peine, en Bresse, à empêcher les prêtres « d’exiger de l’argent pour entendre les confessions des pauvres gens. » J’ignore à combien pouvait alors monter cette taxe, dont je n’ai point vu d’exemples aux temps modernes. Au XVe siècle, elle dépendait de la qualité des pénitens : un seigneur de Franche-Comté donne au prieur 100 fr. pour l’octroi de ce sacrement (1400) ; un bourgeois de Saintonge paie, pour le même office, 6 fr.70 ; et, pour une femme du peuple, la « taxe de la confession de Pâques » est à Chartres (1445) de 2 fr.40.

Les sermons, à l’inverse des messes, ont de nos jours renchéri. Et, comme il n’en est pas prêché davantage, ce renchérissement ne doit pas tenir à l’accroissement de la a demande, » mais plutôt à la réduction du nombre des « orateurs de la chaire, » si toutefois l’on pouvait donner ce nom à tant de prédicateurs de jadis, dont le langage, mêlé de pathos et de trivialité, semble à nos oreilles, d’après les échantillons parvenus jusqu’à nous, aussi éloigné de l’éloquence sacrée que de la simplicité évangélique. N’importe ! La pieuse avidité de sermons n’en était pas moins grande chez les populations urbaines et rurales d’autrefois. Ne pas avoir un prédicateur du Carême et de l’Avent eut été, pour la paroisse, une profonde humiliation. Entre tous les pouvoirs locaux, c’était à qui le choisirait ; mais c’était aussi à qui ne le paierait pas. Les conseils communaux, les marguilliers avaient à ce sujet des contentions fréquentes avec les curés et les chapitres. Ceux-ci à leur tour entraient en lutte au chef-lieu avec le « lieutenant de roi ; » les uns s’obstinant par exemple à appeler un prédicateur jacobin, l’autre « ne voulant souffrir qu’un capucin ou un jésuite. »

Dans les villes, aujourd’hui, les honoraires des prédicateurs du carême sont de 1.200 à 1.500 fr., outre la nourriture et le logement. Nous n’avons rencontré de chiffres analogues que deux fois en quatre siècles : encore l’un se rapporte-t-il à deux religieux auguslins, venus d’un couvent de Bourgogne pour prêcher à Malines devant l’archiduchesse ; on leur alloua 1.280 fr. L’autre cas est celui d’un prédicateur à Nîmes qui reçût 1.110 fr. en 1752. Sauf ces nues exceptions, le maximum d’un carême est de 600 à 700 fr., et la généralité des prédicateurs touchèrent seulement de