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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/921

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des personnages et des propos qu’ils tenaient, le musicien de Louise avait su dégager une beauté, je dirais même un idéal nouveau. Le soir dans un logis d’ouvriers, au pied de Montmartre un matin d’avril, dans un atelier de couturières, l’âme de Paris et du Paris moderne, de notre Paris familier et quotidien ; l’âme de ses enfans les plus humbles et même les plus misérables : ouvrières, marchands d’habits ou des quatre saisons ; l’âme de ses rues et de ses faubourgs, de ses paysages, de son ciel et de son printemps, cette âme puissante et fine, mère et sœur de la nôtre, pour la première fois avait passé dans les sons.

Mais c’était le musicien de Louise. De l’auteur de l’Enfant-Roi, l’on finit vraiment par se demander s’il est musicien. Telle scène du livret même qu’il a choisi, pouvait malgré tout servir à la musique ou la servir, et justement la faire telle que M. Bruneau sans doute la comprend, l’imagine, la souhaite et l’aime, telle aussi qu’il paraît décidément impuissant à la réaliser. De la vie contemporaine et même populaire, il ne faut pas croire que tout se refuse à la musique ou lui répugne. Elle n’est point si renchérie, et ce n’est pas sa faute, mais celle du musicien qu’est M. Bruneau, ou plutôt qu’il n’est pas, si le second et le troisième tableau de l’Enfant-Roi, le jardin des Tuileries et le marché aux fleurs de la Madeleine, manquent à ce point de vérité et de poésie. Ils pouvaient être délicieux, pleins de mouvement et de couleur ; joyeux, l’un de toute la joie de l’enfance, l’autre de toute celle de l’été. Ils pouvaient être ainsi, mais par la musique, et la musique leur a manqué. A quoi se réduit-elle, dans le décor verdoyant et fleuri ? A l’aigre et maigre appel des marchandes : « Des roses, des œillets, voici des roses ! » Et ces mots, ou ces cris, ne se développent et ne se transforment pas ; ni sur le théâtre parmi la foule, ni à l’orchestre dans la symphonie, ils n’éveillent le concert qui devrait naître d’eux et leur répondre ; ils ne créent pas une atmosphère, ils n’embaument ni ne rayonnent ; sèchement notés, peut-être avec une exactitude matérielle, ils ne s’élèvent pas à la musicalité véritable, ils n’entrent pas dans l’ordre de la vérité supérieure et de l’idéale beauté.

La scène des Tuileries est plus indigente encore. Tandis qu’au premier plan, dans une boutique de jouets, le drame conjugal et maternel se développe, au fond du théâtre petits garçons et petites filles dansent et chantent la ronde : « Nous n’irons plus au bois. » Et ce thème, sous les doigts agiles de M. Charpentier, n’eût pas manqué de devenir une chose, mille choses charmantes, une symphonie aux rythmes change ans, aux chatoyantes harmonies, le poème sonore des jeux et