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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/916

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Mais ton triste, ton doux, ton suppliant maintien
Et l’élan contenu de ton corps vers le mien,
Mais tes yeux, à présent levés sur mon visage
Et, par-dessus les mots, me parlant leur langage,
Tout dans ton être enfin protestait de ta foi,
Et de quel grand amour, ton âme, malgré moi,
Entourait, sans égard à son propre supplice,
Mon cœur passionné jusque dans l’injustice.


X


Suis jusqu’à la fontaine où finit son chemin
Cette fille à la belle hanche,
Qui porte et sur l’épaule assure avec sa main
Un grand vase d’argile blanche.

Vois, ce rocher moussu d’où sort un filet d’eau
Et qu’entoure un champ de fougère :
Elle s’arrête ; elle a déposé le fardeau
De sa jarre encore légère.

D’un oblique genou la soutenant alors,
Elle en présente l’ouverture
A l’eau qui, sans se rompre en poudre sur les bords,
Y tombe, courbe, bleue et pure ;

Et, tandis qu’au soleil du soir brillent les flancs
De l’urne où se penche la femme,
L’eau qui bouillonne et monte avec bruit au dedans
Gravit les degrés de la gamme.


CHARLES GUERIN.