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Elle retient sa part des tourmens et des joies
Dont mon âme inégale est pleine chaque jour ;
Où que j’aille, elle porte au-devant de mes voies
La lampe de l’amour.

Enfin, comme elle est femme et sait que le poète
Ne voudrait pas sans elle oublier de souffrir,
Lorsqu’elle me voit triste, elle étend sur ma tête
Ses mains pour me guérir.


VI


Voici l’heure où le jour naissant chasse la nuit.
Le ciel est vert. L’éclat des étoiles languit.
Seul sur la grève, auprès de la vague indulgente,
Je vois, vive pâleur dont l’Océan s’argente,
L’aube qui fait jaunir les lumières du port
Et blanchit les maisons de la ville qui dort.
Un vent frais où le cœur se dilate circule
A travers le timide et triste crépuscule.
Bientôt l’horizon prend une couleur de feu,
Le littoral se vêt d’un brouillard rose et bleu,
Et le soleil caché peint de pourpre un nuage.
Dans l’une des villas qui bordent le rivage,
Naïves sous leurs toits de tuiles violets,
Une femme aux bras nus qui pousse ses volets
Et tient un châle noir croisé sur sa poitrine
Regarde à l’Orient briller Vénus marine.


VII


Quand mon esprit s’apprête à faire un dur voyage
Que ta présence aimée entraverait bientôt,
Tu me dis, en touchant mon front d’un baiser sage :
Adieu, pars seul, puisqu’il le faut.

Je pars donc. Le pays où je m’ouvre une route,
Je l’ai souvent déjà mais en vain visité,
Brûlant d’y découvrir dans les brouillards du Doute
Le temple de la Vérité.