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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/814

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ont été évacués, — les caisses des banquiers sont menacées à Paris.

M. Questel sortait, appelé par M. Thiers pour trouver un logement à Mac-Mahon.


A Madame H. Taine.

Vendredi 7, Orsay.

Canonnade aujourd’hui encore dans le lointain, probablement du côté d’Issy et Vanves ; — pas un journal ici ; nous sommes au fond d’un trou ; ce serait à vous à me donner des nouvelles politiques. Le ciel est d’une pureté admirable, et sa beauté semble une ironie. Laissons ces idées trop tristes, voici l’abrégé de la conversation que je vous promettais hier.

Des députés légitimistes [1]sont allés récemment trouver le prince de Joinville, et le sonder sur ses dispositions. Il a répondu ces propres mots : « Si j’avais entre les mains la couronne de France et devant moi le comte de Paris avec le duc de Bordeaux, je mettrais la couronne sur la tête du duc de Bordeaux. » Le duc d’Aumale a approuvé. Ils ont ajouté : « Ceci est notre opinion personnelle ; mais nous ne sommes pas les maîtres de notre parti ; il ne nous obéit pas par principes comme le parti légitimiste. Nous ne pouvons que lui indiquer nos préférences. »

Actuellement, on s’en tient au programme de M. Thiers : rester d’accord, réorganiser, payer les Allemands, remettre la France sur ses pieds, ne point se battre ou s’engager pour une forme quelconque de gouvernement. Les républicains modérés admettent eux-mêmes cet atermoiement. Louis Blanc, ayant proposé à la gauche de demander la reconnaissance définitive de la République, a rencontré une opposition décidée, même de la part du colonel Langlois [2]. L’impression est que la Chambre est plus d’accord qu’à Bordeaux, les députés s’étant pratiqués les uns les autres, et étant débarrassés des rouges violens. L’impression est encore que la Chambre actuelle est moins réactionnaire que la province ; les députés reçoivent tous les jours des lettres d’avis et même de reproches de leurs commettans qui les

  1. Voir les Souvenirs politiques du vicomte de Meaux.
  2. Langlois (Amédée-Jérôme), ancien officier de marine, 1819-1902, député de la Seine.