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elle l’eût fait à Berlin, avait été préparé le coup de théâtre qui, le 18 janvier 1871, eut pour scène la galerie même où Lebrun, dans une série de fresques pompeuses, avait étalé aux yeux de la postérité l’aigle d’Allemagne, « sur un arbre dépouillé, criant de désespoir et battant des ailes. »

Les descendans de ces vaincus n’avaient oublié ni ces défaites, ni ces humilians tableaux et, si la date du 18 janvier avait été choisie pour le rétablissement de l’empire allemand, disparu depuis Austerlitz, c’était, — le Moniteur officiel de l’occupation prit à cœur de le faire savoir, — parce que le 18 janvier était le 170e anniversaire du jour où le Grand Electeur, l’ennemi acharné de Louis XIV, avait ceint la couronne royale. En ce jour, c’était la couronne impériale, perdue par les Habsbourg, qu’allait recevoir le descendant des Hohenzollern, le fils de la reine Louise que, dans une autre salle de ce même Versailles, on voit traînée à Tilsitt par Napoléon. Aussi quel orgueil dut ressentir Guillaume Ier, lorsque, après le service divin, célébré par un pasteur protestant, dans cette grandiose galerie dédiée à la gloire de l’auteur de la révocation de l’Edit de Nantes, il prit place, — entouré du prince royal, de Frédéric-Charles, le vainqueur de Metz, de tous les princes et généraux, de Bismarck et de Moltke, les deux triomphateurs de cette journée, — sur l’estrade dressée près du salon de la Guerre et décorée des drapeaux des régimens allemands. Combien ce même sentiment dut-il s’exalter davantage encore, quand Bismarck, en sa qualité de chancelier du nouvel empire, lut, d’une voix vibrante de joie, la proclamation qui disait : « Nous acceptons la dignité impériale, dans la conscience de notre devoir de protéger, avec la fidélité allemande, les droits de l’empire et de ses membres, de sauvegarder la paix, de défendre l’indépendance de l’Allemagne appuyée sur la force réunie de son peuple. Nous l’acceptons dans l’espoir qu’il sera permis au peuple allemand de jouir de la récompense de ses luttes ardentes et héroïques, dans une paix durable et protégée par des frontières capables d’assurer à la patrie des garanties contre de nouvelles attaques de la France, et dont elle a été privée depuis des siècles. »

Fut-ce là, comme l’affirma le Moniteur allemand, le plus grand événement de notre époque ? Ce qui n’est que trop certain, c’est que, dans ce palais, bâti au temps de la prépondérance française, puis consacré à toutes nos gloires, cette date inoubliable