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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/661

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A Sainte-Hélène, on l’entendit dire : « Dans mes projets gigantesques sur Paris, je rêvais de tirer parti de Versailles et de n’en faire, avec le temps, qu’une espèce de faubourg, un site voisin, au point de vue de la grande capitale ; et, pour l’approprier davantage à cet objet, j’avais conçu une singulière idée dont je m’étais même fait présenter le programme. De ces beaux bosquets je chassais toutes ces nymphes de mauvais goût, ces ornemens à la Turcaret, et je les remplaçais par des panoramas, en maçonnerie, de toutes les capitales où nous étions entrés victorieux, de toutes les célèbres batailles qui avaient illustré nos armes. C’eût été autant de monumens éternels de nos triomphes et de notre gloire nationale, posés à la porte de la capitale de l’Europe, laquelle ne pouvait manquer d’être visitée par force du reste de l’univers. »

Napoléon, quand il qualifiait une semblable conception de singulière, était modeste, et nous ne saurions trop nous féliciter qu’il n’ait pas, en encombrant les jardins de Versailles de ces « panoramas de maçonnerie, » accompli une irréparable dévastation. L’idée, exprimée par le Mémorial de Sainte-Hélène, devait, cependant, laisser une trace ; son souvenir, comme celui du musée décrété par la Convention, ne fut pas étranger au plan adopté, après 1830, par Louis-Philippe, lorsqu’il consacra l’ancienne demeure de Louis XIV « à toutes les gloires de la France, » et surtout, ainsi que l’avait souhaité le vainqueur de l’Europe, au panégyrique « des batailles qui avaient illustré nos armes. »

Ce n’est pas là le seul projet relatif à Versailles qui se rattache à Napoléon. Après avoir ordonné de remettre en état les conduites d’eau et quelques parties du parc, ainsi que le Grand Trianon, qui lui plaisait et qu’il habita à plusieurs reprises, mais dont il modifia, dans l’aménagement et l’ameublement des appartenons, d’une manière peu heureuse, l’élégante physionomie, l’Empereur fit étudier la restauration du château proprement dit. Toutefois, lorsque son architecte, Gondouin, lui soumit un devis prévoyant une dépense de 52 millions, il l’accueillit fort mal, allant jusqu’à regretter que la Révolution, qui avait tant détruit, n’eût pas démoli le château de Versailles. « Je n’aurais pas ou un tort de Louis XIV sur les bras et un vieux château mal fait, et, comme ils l’ont dit, un favori sans mérite à rendre supportable. »

Une heure sonna, cependant, où Napoléon montra moins de dédain pour ce palais, à la porte duquel, peu d’années