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strictement limitée : ç’a été le cas pour la roupie aux Indes pendant quelques années, et il va en être de même au Mexique pour la piastre. Le phénomène qui se passe alors est analogue à celui qui a eu lieu pour le billet de banque, lequel n’est qu’un simple chiffon de papier, et peut cependant avoir une valeur considérable même dans les pays à cours forcé où il ne saurait être échangé contre des espèces ; mais le public sait qu’on n’en fabriquera pas indéfiniment. Pour donner à une monnaie une valeur stable, non soumise aux fluctuations de métal qui la compose, il faut essentiellement que cette monnaie soit en quantité limitée, ne puisse être multipliée à l’infini.

Or en Chine le nombre des sapèques est bien limité théoriquement, puisqu’elles ne sont frappées que par les autorités des diverses provinces ; mais ce nombre est immense, et il y en a quantité de fausses, dont l’existence est connue de tous, à tel point qu’une des formes du marchandage, toujours cher aux Chinois, consiste à stipuler le droit d’introduire une certaine proportion de ces pièces fausses dans les ligatures qu’on remettra en paiement d’un objet. Si la valeur de la pièce se trouve artificiellement rehaussée, il y aura d’autant plus d’avantage à en fabriquer de fausses, et l’on n’y manquera pas, en ce pays de gagne-petit qu’est la Chine. Mais où la réforme deviendra presque impossible, c’est lorsqu’on voudra donner une valeur fixe à l’argent. On ne peut le faire pour des lingots de métal, dont le nombre est essentiellement indéterminé, qui ne sont acceptés par le commerce qu’en raison de leur poids et de leur titre, et dont le caractère essentiel est de suivre toutes les fluctuations de cours du métal qui les compose. Pour y parvenir, il faudrait d’abord créer une monnaie d’argent qui eût cours partout, c’est-à-dire révolutionner de fond en comble toutes les habitudes du public en matière monétaire. Cela est singulièrement difficile en tout pays et en Chine plus qu’ailleurs. Aussi ne doit-on pas se dissimuler que la réforme de la circulation chinoise, si désirable soit-elle, est une tâche extrêmement compliquée, qui, en dépit de toutes les consultations d’experts américains, japonais et autres, ne pourrait être accomplie qu’avec le temps, même par le plus éclairé et le plus rempli de bonne volonté des gouvernemens. Peut-on appliquer ces qualificatifs au gouvernement chinois ?

Encore et toujours on en revient à la question politique : c’est vraiment la question préalable. La rénovation économique de la