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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/568

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du ciel, de la terre et des eaux. Enfin, les droits de likin, ou de péage, établis en 1863 pour remplir le Trésor de l’Empire qu’avait vidé la lutte contre les Taïpings, étaient perçus sur toutes les routes, en des points de plus en plus nombreux et d’après les tarifs les plus arbitraires, empêchant le développement des transports. Un article des traités affranchissait bien de tout autre impôt les marchandises étrangères qui auraient payé, en sus du droit de douanes, une taxe de transit égale à la moitié de ce droit, mais il restait lettre morte.

En un point seulement de l’Empire, une légère application des méthodes occidentales avait été faite : Li-Hung-Chang, le fameux vice-roi du Pé-tchili, avait engagé des ingénieurs étrangers pour exploiter les charbonnages de Kaï-ping, non loin de Tien-tsin et quelques kilomètres de chemin de fer avaient été construits dans le voisinage ; mais c’était là presque un amusement, tout au plus une exception confirmant la règle générale d’hostilité au progrès.

Partout ailleurs les Chinois continuaient d’appliquer à l’exploitation des ressources de leur pays des procédés vieux de bien des siècles, sinon de milliers d’années. Ils se montraient diligens agriculteurs, tirant surtout un excellent parti des plaines et des basses vallées pour la production du riz et les cultures maraîchères, encore que leur esprit routinier nuisît à la qualité de leurs cultures industrielles, à leur thé, à leur coton, s’opposât à l’introduction de nouvelles plantes qui auraient prospéré et empêchât la mise en valeur de beaucoup d’espaces incultes, où l’excès de population de certaines régions de l’Empire eût trouvé un exutoire. Mais ils laissaient complètement dormir les immenses richesses de leur sous-sol : leurs magnifiques dépôts de houille qui, d’après le grand géologue Richthofen, pourraient suffire pendant nombre de siècles à la consommation du monde entier, leurs riches gisemens de fer, de cuivre, d’étain, tous les dépôts de minerais encore inconnus que recèlent certainement les flancs de leurs montagnes, restaient inexploités ou n’étaient qu’effleurés de la façon la plus insignifiante.

On est tenté d’être surpris qu’en de pareilles conditions, le commerce extérieur de la Chine ait pu prendre le développement, pourtant médiocre en lui-même, qu’il avait atteint au moment du traité de Shimonosaki. En l’année 1895, où fut conclu celui-ci, les importations du Céleste Empire avaient été