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ordres, à lui servir de messagers, à le défendre si on l’attaque, Quintus nous apprend que cette sorte de jeune garde, quand elle est bien composée, comme celle dont s’entoure Cicéron, produit un excellent effet au Champ de Mars, les jours d’élection. La jeunesse semblait se partager entre Catilina et lui. Les plus studieux, les plus honnêtes se rangeaient de son côté ; je n’ai pas besoin de dire qu’ils n’étaient pas les plus nombreux. Catilina attirait les autres par ses prodigalités et ses complaisances. Cailius hésita longtemps entre les deux. Comme il était à la fois un homme de beaucoup d’esprit et un incorrigible libertin, il allait de l’un à l’autre, selon que l’emportait chez lui le goût des lettres ou l’attrait du plaisir.

Mais n’oublions pas qu’il s’agit du suffrage universel. Ce ne sont pas seulement quelques esprits délicats, une élite de fins lettrés qui décident du succès ; il dépend de la foule. Quintus a grand soin de le rappeler à son frère, qui sans doute ne l’oubliait pas. Il lui conseille de s’assurer de la bienveillance des petites gens des faubourgs, de ne pas négliger les personnages importons des sociétés populaires, de se faire indiquer ceux qui, dans chaque quartier, jouissent de quelque influence auprès de leur voisinage. Il est convaincu que par la facilité de son abord, l’agrément de ses manières, et ses complaisances infatigables, Cicéron n’aura pas de peine à les gagner. Il espère bien qu’à l’exception des cliens des grandes familles, qui votent comme on leur dit de le faire, ou des factieux, qui attendent le mot d’ordre de leurs chefs, ou enfin de ceux qui vendent leur voix et qui vivent de ce trafic, la population de la ville sera pour lui. Il n’y a pas de doute qu’il compte avant tout sur ceux qu’on appelle les habitués de la tribune (subrostrani) ; comme ils fréquentent le Forum et qu’ils suivent les grandes affaires, ils ont entendu Cicéron défendre les intérêts de Pompée, dans la Manilienne, plaider pour Cornélius, et il les a ravis par sa parole. On aurait tort de croire que cette façon de parler si soignée, si large, si harmonieuse, ne soit faite que pour quelques esprits distingués et ne puisse plaire qu’à ceux qui ont étudié, dans les écoles, les procédés de la rhétorique. Cicéron pensait au contraire que c’est celle qui convient aux foules assemblées, qu’elles ont naturellement peu de goût pour une parole sobre, froide, sèche, faite de déductions et de raisonnemens sévères, comme celle que les prétendus Attiques voulaient leur infliger, tandis qu’elles sont