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seul se dégage et domine jusqu’ici : c’est qu’il faut faire des réformes, les désastres de Mandchourie étant en grande partie imputables aux défauts du gouvernement et aux vices de l’administration. Personne assurément ne s’inscrira en faux contre cette conclusion. Les Russes ont raison de réclamer des réformes ; mais lesquelles ? Nous nous le demandions il y a quinze jours. Depuis lors, le gouvernement impérial a fait lui-même une réponse à la question, et, bien qu’elle ne soit pas très claire, cette réponse, venant de lui, a un intérêt et une autorité qui la recommandent très vivement à l’attention.

Elle n’est pas très claire, parce qu’elle résulte de deux documens qui se sont succédé à quelques heures d’intervalle et qui, il faut bien le reconnaître, ne sont pas tout à fait concordans. Il y a eu un manifeste, puis un rescrit. S’il n’y avait eu que le manifeste, nous dirions que, judicieuse ou non, la pensée impériale est fort nette, et nous la résumerions en un mot : pas de réformes. L’Empereur commence par faire un grief aux révolutionnaires d’avoir suscité des troubles intérieurs pendant que le pays est engagé dans une grande guerre au dehors. « Ils pensent, dit-il, qu’en détruisant les liens naturels qui nous unissent au passé, ils pourront ruiner l’ordre extérieur de l’État et arriver à le remplacer par une nouvelle administration, reposant sur des bases non conformes aux traditions de notre pays. » L’Empereur rappelle et déplore l’odieux assassinat de son oncle, le grand-duc Serge. Contre tous ces maux il invoque la protection divine dans laquelle il a foi ; mais il donne aussi des instructions aux « autorités gouvernementales et à toutes les autres, » en vue de leur rappeler « leur devoir et leur serment. » Il les invite à « redoubler de vigilance pour sauvegarder la loi, l’ordre et la sécurité en s’inspirant de la ferme conviction qu’elles sont responsables administrativement et moralement devant la patrie. » Quant à la guerre, l’Empereur annonce qu’elle continuera. Il compte d’ailleurs sur la victoire finale. La Russie, dit-il, a déjà traversé de rudes épreuves et en est sortie « avec une force nouvelle et indomptable. » Cela était écrit avant la bataille de Moukden : l’Empereur l’écrirait-il encore aujourd’hui ? Enfin, il invite tous les Russes à se rallier autour de lui. « Nous rappelons à ce sujet, dit-il, que l’apaisement des esprits dans toute la population peut seul nous permettre de réaliser nos intentions en vue de l’augmentation du bien-être du peuple et de l’amélioration des institutions gouvernementales. » C’est le seul mot sur les réformes que contient le manifeste : il est bien vague, à moins qu’on ne le juge précisé par la phrase finale où la « consolidation du pou-