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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/467

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Albert Dürer est né le 4 avril 1471, à Nuremberg, d’une famille d’artisans. Il n’était point, quoi qu’on en ait dit, d’origine hongroise ; mais le fait est que son grand-père paternel, étant allé travailler en Hongrie, s’y était marié : et peut-être cette goutte de sang étranger que le jeune homme avait en lui, — mais non pas de sang « slave, » comme le croit M. Sturge Moore, — nous explique-t-elle certaines singularités de son apparence extérieure et de son caractère. La maison où il est né ne nous est point connue ; mais il nous a fait connaître, par un portrait des Offices de Florence et par diverses copies d’un autre portrait, la forte, naïve, et touchante figure de l’homme excellent qu’était son père ; et c’est lui encore qui, dans une Chronique de Famille écrite en 1524, nous a renseignés sur son éducation et l’heureuse existence de ses premières années, avec cette expressive précision de langage qui aurait fait de lui, si seulement il avait eu la moindre notion de ce qui doit forcément s’apprendre de la grammaire et du style, un des maîtres les plus parfaits de la prose allemande :

Cet homme, mon cher père, prenait un soin extrême de ses enfans, pour les instruire à honorer Dieu ; son plus ardent désir étant de les bien élever, de façon qu’ils pussent plaire à Dieu et aux hommes. Aussi nous répétait-il chaque jour que nous devions aimer Dieu et agir honnêtement à l’égard du prochain. Et tout particulièrement mon père s’était attaché à moi, parce qu’il voyait que j’étais appliqué à l’étude. Il me laissa donc aller à l’école ; et puis, quand j’eus appris à écrire et à lire, il me retira de l’école et m’enseigna le métier d’orfèvre, qui était le sien. Mais moi, lorsque déjà j’étais en état de travailler proprement, voici que mon goût m’entraîna plutôt vers la peinture que vers l’orfèvrerie. De quoi mon père fut assez en peine, quand je lui en fis l’aveu, car il regrettait le temps que j’avais perdu à apprendre son métier. Pourtant il me laissa faire ; et, l’année 1486 après la naissance de Notre-Seigneur, le jour de la Saint-André, il me mit en apprentissage chez Michel Wolgemut, que je m’engageai à servir pendant trois ans. Et, pendant ce temps, Dieu daigna m’accorder un grand zèle, de sorte que j’appris bien mon nouveau métier : mais j’eus beaucoup à souffrir des valets de mon maître.

Ce goût passionné de l’enfant pour la peinture nous est en effet prouvé par deux croquis dessinés par lui, l’un à treize ans, l’autre à quatorze, avant son entrée dans l’atelier de Wolgemut : un portrait de lui-même (à Vienne) et une Vierge entourée d’anges (au musée de Berlin). La Vierge, à dire vrai, n’est guère qu’une faible imitation de quelque gravure alsacienne ou flamande : mais au contraire le portrait pourra déjà nous faire pressentir maints des élémens les plus profonds du futur génie de Dürer. Ignorant tout de l’art difficile où il