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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/372

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poursuivait sa course, et derrière lui, dans les campagnes badoises, quatre cents associations étaient nées. Le professeur Baltzer et le vicaire Wick apportaient le salut des villes silésiennes, où l’hostilité des fonctionnaires n’avait pu prévaloir contre les jeunes groupemens catholiques, et où les sourires d’une certaine noblesse, raillant « ces réunions de savetiers, » n’avaient fait qu’accélérer l’entente entre prêtres et travailleurs. Kretz parlait de la Westphalie, Lasinsky parlait du pays trévire ; Lingens, le futur député du Centre, répercutait les échos d’Aix-la-Chapelle ; d’Andlau, le parlementaire badois, inclinait son port d’aristocrate devant la jeune démocratie catholique.

« Beaucoup de gens des hautes classes et des classes cultivées, affirmait d’Andlau, ont perdu, avec la foi vivante, l’intelligence propre. Le peuple, lui, sait mieux pénétrer la situation, et ce dont le monde et l’Église ont besoin. Nos associations, en fait, se composent d’élémens démocratiques, et ont même une tendance démocratique. J’appartiens à l’aristocratie, mais populaires sont mes tendances, donc démocratiques. » Ce disant, il tendait la main à Lasinsky.

Celui-ci, un artiste de Trêves, protestant converti, était un démocrate effréné. L’association qu’il avait fondée dans la ville de la Sainte Tunique s’appelait expressément « Association démocratique catholique. » « Nous sommes tous démocrates, s’écriait-il, je suis et je reste démocrate de cœur et d’âme. Notre désir est de réaliser les conquêtes politiques par les voies de la démocratie ; car ce sont des droits achetés avec le sang du peuple. Nous ne sommes pas des réactionnaires, nous voulons, aimons et désirons la liberté dans son extrême mesure. » Scandée par de telles fanfares, cette revue des forces catholiques était vraiment un acte. « Qui a plus souffert que nous du vieux système ? demandait Mast, le délégué de Wurtemberg. Notre but n’est pas en arrière, mais en avant. » Osterrath, un Prussien, rappelait les « journées de mars, qui à Berlin avaient rendu certain l’accomplissement des désirs du peuple ; » il racontait qu’à Dantzig la jeune association catholique attirait les protestans eux-mêmes. « Nous avons salué si joyeusement le temps nouveau, reprenait Wick, le Silésien, parce qu’il a renversé ce fonctionnarisme qui, contre la volonté du Roi, était occupé de nous couper la respiration. »