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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/344

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un grainetier somnambule qui passe ses nuits à meubler son polygone de littératures variées. Réveillé, son O retrouve tout cela dans les centres psychiques inférieurs ; n’en connaissant pas l’origine, il le prend pour une inspiration personnelle et le sert, comme composition de lui, dans une ville de province, où personne n’a beaucoup de littérature. Le plus joli, c’est l’impression que produisent, sur l’auditoire, ces vers débités par le grainetier dans les salons de la petite ville. On les trouve détestables, on se moque de lui. Personne ne se doute qu’il récite du Victor Hugo, du Lamartine ou du Musset, on le traite de Coco et on lui refuse, pour le feuilleton d’un journal local, la prose de Gustave Flaubert, Madame Bovary, devenue sous la plume du plagiaire inconscient : Cette pauvre Emma !

Il ne faut pas chercher dans ce joli roman une démonstration scientifique. Mais on peut y trouver une exposition bien vivante de l’activité polygonale chez le somnambule et des rapports de la mémoire du psychisme inférieur avec les centres psychiques supérieurs.

Enfin, le phénomène peut encore se compliquer et prendre des apparences plus bizarres, si le polygone, après avoir recueilli une impression, la modifie d’abord par une association d’images et d’idées et ne la révèle qu’ensuite, ainsi modifiée, à O.

Myers cite « le cas de cet étudiant en botanique qui, passant distraitement devant l’enseigne d’un restaurant, crut y lire les mots : verbascum thapsus. Or, le mot qui y était imprimé réellement était : Bouillon ; et le mot bouillon constitue la désignation française vulgaire de la plante verbascum thapsus. Il s’est produit ici une transformation subliminale de la perception optique actuelle et les mots verbascum thapsus ont été le message envoyé au moi supraliminal distrait par le moi subliminal plus occupé de botanique que d’un dîner. »

Le polygone, désagrégé de O distrait, avait lu bouillon, avait fait l’association, habituelle et facile à cause des études antérieures, entre bouillon et verbascum thapsus, et c’est cette dernière expression qui s’était gravée dans les centres psychiques inférieurs où les centres supérieurs l’avaient recueillie.

Nombreux sont les témoignages qui subissent cette transformation entre le crime et la cour d’assises. Que de faux témoins qui ne sont pas coupables, parce que leur fraude est