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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/278

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Quant à Catilina, il était toujours sous le coup du procès de malversation que la province d’Afrique lui avait intenté. Il faut bien croire que ce procès n’était pas encore jugé au mois de juillet 689, quand se firent les élections consulaires, puisqu’il n’y fut pas candidat. C’est probablement un peu plus tard que l’affaire vint devant les tribunaux. Les charges étaient accablantes, mais il fut aidé par tout le monde. Hortensius, le grand orateur des aristocrates, se chargea de le défendre. Le jour du jugement, on vit le Forum se remplir des personnages les plus honorables qui venaient rendre témoignage de sa vertu et de son désintéressement. Le consul Torquatus, que deux fois de suite Catilina avait tenté d’assassiner quelques mois auparavant, fit apporter sa chaise curule et, revêtu de ses ornemens consulaires, vint attester par sa présence et ses paroles l’innocence de l’accusé. Catilina avait pris des moyens encore plus sûrs pour échapper à une condamnation qui semblait inévitable ; il avait acheté ses juges, ce qui lui coûta très cher. « Il est aussi pauvre aujourd’hui, disait-on à Rome, que ses juges l’étaient hier. » Pour plus de sûreté, et afin de disposer à l’indulgence le jeune P. Clodius, son accusateur, il lui avait aussi donné une forte somme d’argent. C’est ainsi qu’en ce moment on trafiquait de tout, que tout (se payait à Rome : « Ville à vendre ! » disait Jugurtha, qui la connaissait bien.

Catilina fut absous. Il pouvait donc enfin, se présenter aux élections du mois de juillet 690 pour être consul l’année suivante. — Mais il allait y rencontrer Cicéron.


GASTON BOISSIER