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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/179

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vendaient aux marchands d’hommes de Venise des jeunes gens Kiptchak que les sultans d’Egypte achetaient pour recruter leurs Mamelouks ; parmi ces esclaves, il se trouva un jour le fameux Beïbars, qui vainquit saint Louis à la Massoure. Les Vénitiens, jusqu’en Chine, rencontrèrent des concurrens : Rubruquis, envoyé par saint Louis auprès de Meungke Khan, fut joyeusement surpris de trouver, à Karakoroum, un orfèvre parisien, nommé Guillaume Boucher, dont le frère avait boutique sur le Pont-au-Change ; marié à une Hongroise, il avait été enlevé par les Mongols à Belgrade et il travaillait de son métier pour le compte de Meungke et des gens de sa cour. Mais ces étrangers étaient venus contraints et forcés, à une époque où, depuis longtemps déjà, la route de Karakoroum était familière aux gens de Venise. Aux guerres mongoles, ces marchands avisés avaient gagné un véritable monopole du commerce et des changes avec l’Orient ; ils avaient achevé d’assurer, à la reine de l’Adriatique, l’empire de la Méditerranée.

Il ne tint peut-être qu’à saint Louis et à ses agens que des rapports plus étroits ne fussent inaugurés entre les Mongols et la Chrétienté latine. Que les héritiers du Tchinghiz Khan, maîtres de l’Iran, et les princes chrétiens, établis en Palestine et à Byzance, vinssent à s’entendre, que la poussée de l’Ouest coïncidât avec la poussée de l’Est, et l’Islam asiatique pouvait se trouver comprimé, étouffé ; tout au moins, sa puissance d’expansion pouvait être pour longtemps arrêtée et le fruit des croisades rester entre les mains des latins. En 1249, les circonstances se trouvaient extrêmement favorables : Meungke, devenu Khan, avait donné à son frère Houlagou la souveraineté de l’Iran et lui avait enjoint de détruire la puissance des « Assassins » et de conquérir Bagdad et la Syrie ; il lui recommandait en outre de prendre en toutes circonstances les conseils de la princesse sa femme, Dokouz Khatoun, une Kéraït, chrétienne zélée, protectrice du clergé nestorien. L’expédition prit l’allure d’une croisade : Houlagou comblait de faveurs les chrétiens, faisait bâtir des églises, donnait le commandement de son armée à un chrétien, le Turc Naïmane Kit-Bouka, « un vieux du temps de Souboutaï, » et, apprenant l’arrivée du roi de France en Chypre avec une nombreuse armée, il lui envoyait aussitôt une ambassade. « Tandis que li roys séjornait en Cypre, vindrent li messaige des Tartarins à li, et li firent entendre que il li