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quelques difficultés que nous avons sur la frontière algérienne, et nous avons tout intérêt à vivre en bonne intelligence avec le sultan, à lui inspirer confiance, à veiller au maintien de son indépendance, qui est pour nous une précieuse garantie. Mais il faut aussi qu’il y mette du sien. Ce n’est pas sans quelque étonnement que nous avons vu des journaux, adversaires habituels, acharnés et violens de la politique coloniale, des journaux qui n’ont pas manqué de combattre toutes les expéditions que nous avons faites depuis quelques années, en Tunisie, au Tonkin, à Madagascar, pousser le gouvernement à en entreprendre une de plus au Maroc. Ce serait la plus inexcusable de toutes, et certainement la plus aventureuse. Ces conseils témoignent d’une ignorance profonde de l’état de l’Europe, et d’une méconnaissance non moins grande des difficultés matérielles de toutes sortes que nous ne manquerions pas de rencontrer sur notre chemin. Du reste, notre domaine colonial est assez grand. Tout le monde en convient ; tout le monde le répète ; il n’y a pas un président du Conseil, un ministre des Affaires étrangères ou un ministre des Colonies, qui ne l’aient déclaré à la tribune, aux applaudissemens du Parlement tout entier ; et il n’est pas non plus de publiciste qui ne l’ait écrit à maintes reprises. Notre principal soin aujourd’hui doit être, non pas de l’augmenter, mais de l’organiser, de l’administrer et d’en tirer profit. Nous aimons à croire que ces affirmations, si souvent renouvelées, sont sincères : dès lors, l’espèce de levée de boucliers qui s’est produite au sujet du Maroc serait inexplicable, si l’on ne savait combien il y a quelquefois de légèreté dans les entraînemens de l’opinion. Le rôle du gouvernement est de les calmer.

On n’a d’ailleurs, dans cette circonstance, aucun reproche à adresser au gouvernement lui-même, car il ne paraît s’être inspiré en aucune mesure de ces émotions si vives, mais si superficielles, qui agitent chez nous les esprits pendant quelques jours, et s’apaisent ensuite comme elles se sont produites, c’est-à-dire sans motifs. Nous avons en tout temps un certain nombre de réclamations à soutenir auprès du gouvernement marocain. Les autres pays en ont aussi, mais les nôtres sont plus nombreuses, parce que nous seuls sommes les voisins immédiats du Maroc, avec une longue frontière commune qui, on le sait, n’est géographiquement limitée que jusqu’à un certain point. Il y a là une source d’incidens, qui se renouvellent trop souvent, mais qui se sont toujours réglés à l’amiable, et qui continueront à se régler de même tant que nous mettrons à les traiter la même modération et la même fermeté : l’une et l’autre sont nécessaires dans nos