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pas. Voulez-vous même supprimer l’impôt sur les valeurs mobilières, ou, mieux encore, tel ou tel impôt indirect ? L’impôt sur le revenu est toujours là, vous n’avez qu’à y puiser. L’idéal de ses vrais partisans est de le voir se substituer un jour à tous les autres impôts. Mais ils sont bons apôtres, et, tenant compte des préjugés publics, ils consentent à débuter par une première expérience, aussi limitée qu’on voudra. Dès lors, ils se croient sûrs du succès. Quand on aura vu avec quelle aisance fonctionne leur système, la tentation viendra de l’appliquer à l’intégralité de nos besoins fiscaux : et c’est bien ce que nous craignons. Mais ce sont là des vues d’avenir : pour le présent, que faut-il ? Il faut que, le 1er janvier prochain, la feuille que les petits contribuables, c’est-à-dire la grande, la très grande majorité d’entre eux recevront des percepteurs, soit diminuée en attendant d’être supprimée. Il est vrai que d’autres paieront pour ceux qui seront dégrevés ; mais ceux-là sont la minorité, et, puisqu’il s’agit d’élections, qu’importe que la minorité soit mécontente, si la majorité est satisfaite ? Eh ! direz-vous, l’arithmétique électorale n’est pas tout : il y a encore d’autres questions à se poser qui se rattachent aux intérêts les plus profonds du pays, à la prospérité de l’industrie nationale, au développement de la richesse générale, enfin à la satisfaction de l’équité sociale telle qu’elle a été comprise à peu près dans tous les temps et chez tous les peuples. Oui, sans doute ; mais on en reparlera après les élections.

La commission du budget, mise en présence de tous ces projets, a donné le spectacle d’une véritable incohérence de volonté. Toute radicale socialiste qu’elle est, elle voudrait bien éloigner de ses lèvres un calice dont elle devine l’amertume : malheureusement, elle ne le peut pas. Il y a eu, aux élections dernières, des promesses trop nombreuses et trop formelles. Il faut faire, ou du moins avoir l’air de faire quelque chose. Si le Sénat l’arrête, cela le regarde, qu’il en prenne la responsabilité : du moins, la Chambre pourra dire que ce n’est pas sa faute. Malgré ces dispositions, la commission du budget a émis un premier vote plein de bon sens, qui a éliminé du prochain budget la réforme de l’impôt sur le revenu. Mais un de ses membres, M. Sembat, socialiste révolutionnaire, s’est écrié tout de suite que le vote était nul, parce qu’il y avait eu des absens, et que tout était à recommencer. Il y a toujours des absens dans une commission nombreuse, et il n’y en avait pas plus qu’à l’ordinaire le jour de ce vote. La commission a commis une véritable faiblesse en se soumettant à l’injonction de M. Sembat ; mais elle s’y est soumise, on a recommencé