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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/837

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LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

L’Impératrice envoie aux ministres deux charrettes de melons, de concombres et d’aubergines, qui sont heureusement forcées de passer devant l’Hôtel Chamot ; c’est dire quelles n’arrivent pas à la légation d’Angleterre avec leur chargement complet.

Le ministre de France envoie une dépêche chiffrée ; le gouvernement chinois la transmettra-t-il ?

Ce soir, vers neuf heures, je venais de m’étendre dans mon hamac, et je commençais à sommeiller, quand j’entends M. de Rosthorn qui m’appelle. Assez anxieux, et sans être retardé par ma toilette, je cours à la brèche du mur de l’hôtel, d’où était partie la voix, me demandant quelle fâcheuse nouvelle m’attend encore. « C’est, me dit le ministre d’Autriche, une nouvelle boisson que nous venons d’inventer, il faut que vous veniez la goûter ! » Effectivement, je retrouve, réunis dans la grande salle de l’hôtel, tous les officiers et tous les membres de la légation d’Allemagne. Mme de Rosthorn et M. de Soden remplissent des flûtes à champagne d’un liquide qu’ils puisent dans un des melons de l’Impératrice. Ce melon a été ouvert à l’une de ses extrémités ; les pépins ont été retirés avec soin, et on a ajouté au jus du fruit, du sucre, du vin blanc, du champagne et du rhum. Le mélange est parfait ; nous le buvons à la santé de l’aimable souveraine, de Jong-Lou et de Tong-Fou-Siang, et surtout à l’arrivée de nos troupes attendues avec plus d’impatience que jamais, quelle que soit notre gaîté.

Quand le melon est vide, M. de Soden a l’idée de découper, dans l’écorce, un nez, une bouche et des yeux ; il place ensuite une bougie dans cette lanterne, et la joyeuse bande va la mettre sur la barricade de Chamot, dans la rue des Légations. L’effet se produit bientôt ; plusieurs coups de fusil sont tirés du camp chinois sur le melon de l’Impératrice. L’erreur reconnue, nos ennemis se taisent, se calment et se rendorment.

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28 juillet. — Un courrier est parvenu à franchir les lignes ennemies et apporte de Tien-tsin une dépêche du consul d’Angleterre ; malheureusement, il nous est presque impossible de tirer un renseignement bien précis de cette dépêche. La voici, telle du moins qu’elle fut affichée à la légation d’Angleterre, sur le pavillon où sont placardées toutes les nouvelles.