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heures. Pendant ce temps, les Allemands ont été assez vigoureusement attaqués aussi, mais n’ont perdu personne.

Peu à peu le silence retombe sur nos ruines fumantes et, à neuf heures, je peux aller à la légation d’Allemagne m’excuser auprès de M. de Below et de ses amis qui m’avaient précisément prié de dîner avec eux ce soir. Je retrouve là le milieu gai qu’il me fallait, pour chasser de ma pensée les images de mes pauvres matelots tués par l’explosion. On me plaisante sur la vilaine farce qu’ont voulu me jouer les Chinois un vendredi 13, et le jour de ma fête.

Nous avons dû abandonner les appartemens de M. d’Anthouard aux matelots français, qui y prendront leurs repas et qui y dormiront. Les officiers et les volontaires iront manger à l’Hôtel Chamot et se reposeront soit dans la maison de M. Berteaux, soit dans celle du docteur Matignon, qui offre l’hospitalité à tous ceux que peut abriter son petit appartement.

M. Labrousse et moi, nous n’avons pas cessé, depuis le commencement des hostilités, de coucher soit derrière les barricades, soit à côté des meurtrières, près des hommes de veille.

Ce soir, je fais suspendre une toile de hamac entre deux arbres du parc, derrière la tranchée. M. de Rosthorn s’installe une couchette semblable à la mienne et près de moi.

À onze heures, la fusillade recommence et dure toute la nuit.

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15 juillet. — Journée presque calme ; çà et là quelques coups de fusil, mais aucune attaque bien nette, bien décidée.

Au nom des ministres étrangers, sir Claude Macdonald répond au prince King que les Chinois ont fait feu les premiers ; mais que, s’ils veulent cesser de tirer, nous ne demandons pas mieux que d’en faire autant. Il ajoute que si les Chinois veulent réellement entamer des négociations en vue de la paix, ils doivent envoyer un délégué choisi parmi les membres du Tsung-Li-Yamen ou parmi les princes de la cour, lequel se présentera en parlementaire. Le corps diplomatique refuse, — avec raison, — d’accepter l’offre du prince King et de quitter les troupes qui les protègent.

Un chrétien a pu aller se promener dans Pékin ; il rapporte que la ville est calme, mais qu’il n’est nullement question des troupes étrangères. Il a pu trouver quelques numéros de la Gazette de Pékin ; dans l’un d’eux, nous cueillons cette perle :